27 juin 2008

VW Golf GTi 1600

ClassĂ© dans : Essais — admin @ 9:49

Retirez Volkswagen, et mĂȘme Golf, ne retenez que GTi. VoilĂ  comment on appelait ce best-seller des petites sportives au temps de son rĂšgne : la GTi, tout simplement ! Dire « j’ai une GTi » suffisait amplement pour que l’on sache de quoi vous parliez exactement. Et puis cela faisait qu’immĂ©diatement votre auditoire vous considĂ©rait d’un seul Ɠil ! PossĂ©der une Golf GTi flattait l’ego. De 1977 Ă  1983, ce «tube» de l’automobile connut un rĂšgne quasiment sans partage. La Golf GTi Ă©tait partout. À chaque coin de rue en bonne citadine, au dĂ©tour des grandes nationales en bonne routiĂšre, devant les restaurants chics en bonne bourgeoise, Ă  l’abord des circuits en bonne sportive. Comment expliquer un tel triomphe commercial ? C’est simple, il suffit d’en essayer une ! Quand on en descend on a tout compris ! Incontestablement la reine, c’était elle !

La premiÚre fois que les amateurs de sportives entendirent parler de la Golf GTi, ils firent plutÎt la moue. Comment Volkswagen, une marque connue jusque là presque exclusivement pour sa Coccinelle, pouvait-elle espérer leur vendre sa sportive bùtie sur la base de son nouveau modÚle populaire commercialisé depuis deux ans ?
Il faut se replacer dans le contexte de l’époque (la marque allemande n’a alors vraiment rien d’une marque sportive) pour arriver Ă  comprendre que la Golf GTi dĂ©marrait dans la vie avec un gros handicap, ne reposant sur rien d’autre que l’image vieillotte de son constructeur. Et pour l’instant je ne parle qu’en fonction des clients potentiels friands de voitures sportives, Ă  la mode ou pas. Car il y a les autres, ceux aimant s’afficher au volant d’une voiture simplement et rĂ©solument Ă  la mode. Et il vaut mieux pour un constructeur s’attirer la clientĂšle des deux genres pour espĂ©rer un succĂšs record. C’est plus sĂ»r, les deuxiĂšmes Ă©tant tout aussi nombreux, sinon plus, que les premiers. Or au tout dĂ©but, malgrĂ© les criantes qualitĂ©s de sa voiture, Volkswagen ne croyait mĂȘme pas pouvoir intĂ©resser les premiers, les purs, les durs. C’est dire ! Dans les deux cas nous remarquerons qu’il faut des moyens Ă  l’amateur, car «sportive» signifie tarif Ă©levĂ©, et «à la mode» implique de ne pas acheter trop tard donc d’occasion, au risque bien sĂ»r de ne plus l’ĂȘtre (Ă  la mode). Jusqu’à la Golf, pour le client ayant d’autres motivations d’achat qu’exclusivement les qualitĂ©s intrinsĂšques d’un modĂšle, Volkswagen ne reprĂ©sentait aucun intĂ©rĂȘt. Indubitablement il fallait pour la marque se libĂ©rer du carcan dans lequel elle s’était faite elle-mĂȘme prisonniĂšre avec la monoculture Coccinelle et ses maladroites tentatives d’en sortir avec les loupĂ©es sĂ©ries 400 et 1300, 1500, 1600. Seule la K70, prĂ©sentĂ©e en 1970, nĂ©e de la fusion avec NSU, fut une rĂ©elle tentative de modernisation de ses produits. Moteur 1600 4-cylindres en ligne Ă  refroidissement par eau et arbre Ă  cames en tĂȘte, et surtout traction avant, solutions rĂ©volutionnaires chez Volkswagen, n’empĂȘcheront pas ce modĂšle d’ĂȘtre un bide. Bref, avec tout cela, pour les personnes argentĂ©es (et fiĂšres de l’ĂȘtre) ayant un rang Ă  tenir, acheter une Golf n’était pas vraiment Ă  l’ordre du jour fin 1976, c’est le moins que l’on puisse dire
 MĂȘme la toute derniĂšre GTi, annoncĂ©e Ă  un tarif qui visiblement n’avait pas Ă©tĂ© calculĂ© pour les masses prolĂ©tariennes. Mince alors, c’est vrai ça, rouler dans une Volkswagen, aussi bien soit elle, et mise hors de portĂ©e des bourses les plus plates, cela torpille le standing ! Alors comment donc cette satanĂ©e Golf GTi est-elle devenue en Ă  peine deux ans une voiture des plus statutaire du moment, alors que son prix de vente, bien que relativement Ă©levĂ© pour une Volkswagen, ne la rĂ©servait tout de mĂȘme pas qu’aux personnes imposĂ©es Ă  45 % minimum ? Par la mĂȘme occasion nous aurons aussi un aperçu de pourquoi elle devint Ă©galement un must chez les connaisseurs.
Commençons par le commencement. Avant toute chose les premiers essais parus dans la presse spĂ©cialisĂ©e, faisant Ă©tat de qualitĂ©s incroyables et jamais rĂ©unies en un mĂȘme modĂšle de cette tranche de prix, convainquirent les moins bĂ©gueules d’aller essayer une GTi chez le concessionnaire VW le plus proche. Souvent en cachette, sans le dire aux amis roulant en BMW, Mercedes ou Porsche. Ils n’auraient pas compris ou auraient immĂ©diatement dĂ©duit de cet acte une folie passagĂšre. À moins que ce ne soit un revers de fortune, peut-ĂȘtre pas passager lui
 Le discours Ă©tait Ă  peu prĂšs toujours le mĂȘme quand Ă©tait abordĂ© le fameux sujet automobile du moment. « MĂŽĂŽaa, rouler en Volkswagen ? Jamais, parbleu ! Vous voulez rire, ça ne peut pas valoir grand chose une voiture portant une marque pareille ». Ce genre d’imbĂ©cillitĂ© profĂ©rĂ©e par des ignares snobinards furent lĂ©gion. Mais celui qui l’avait conduite savait, lui. Le bref essai chez le concessionnaire local avait eu vite fait de lui prouver que les journalistes n’étaient pas payĂ©s par Volkswagen France pour porter aux nues la GTi alors qu’elle ne le mĂ©ritait pas. Tout ce qu’ils Ă©crivaient Ă©tait donc bien vrai ! ConsĂ©quence immĂ©diate, les premiĂšres Golf GTi commencĂšrent Ă  circuler. De bouches Ă  oreilles les attributs positifs de la petite se rĂ©pandirent comme une traĂźnĂ©e de poudre. Alors, de plus en plus nombreux, les clients de la Golf GTi lui firent de la publicitĂ©. EnchantĂ©s qu’ils Ă©taient de ses Ă©tats de service. Sans cesse de nouveaux curieux dĂ©cidaient de vĂ©rifier par eux-mĂȘmes si ce qui se disait n’était pas tout de mĂȘme un peu exagĂ©rĂ©. Et la plupart du temps, l’essai achevĂ©, ils finissaient par passer commande de celle qu’ils regardaient d’un Ɠil torve il y a encore deux semaines quand elle doublait leur BMW 525 avec une aisance apparente qui avait effectivement de quoi agacer. Il ne fallut pas plus de deux ans pour que tous les amateurs potentiels de ce genre d’auto soient persuadĂ©s que Volkswagen Ă©tait bel et bien capable de concevoir une petite berline vraiment sportive et valant dans bien des cas en terme de plaisir et d’efficacitĂ© sensiblement plus que de plus grosses, plus puissantes et plus chĂšres. La lĂ©gende Ă©tait en marche.
Une ascension fulgurante
La clientĂšle que visait la Golf GTi Ă©tait une clientĂšle plutĂŽt jeune mais ayant nĂ©anmoins un budget assez Ă©levĂ© Ă  consacrer Ă  l’achat d’une automobile. Car en effet son prix n’était pas le plus bas qu’il Ă©tait possible de trouver, 31.260 francs en 1976 cela reprĂ©sentait une coquette somme. Mais Ă  y regarder avec du recul on s’aperçoit qu’il Ă©tait tout simplement Ă  la hauteur des qualitĂ©s de la GTi. Et Ă  ce titre il pouvait difficilement se situer dans une tranche infĂ©rieure. Soit celle des petites sportives beaucoup moins bien loties en qualitĂ©s diverses et en puissance. D’ailleurs c’était un tarif de 740 francs infĂ©rieur au prix demandĂ© par Renault pour sa R5 Alpine lancĂ©e quatre mois avant. Une voiture Ă  tout point de vue infĂ©rieure Ă  la Golf GTi. Seule sa boĂźte 5 constitue sur le papier un avantage de la française sur l’allemande. Et sur le papier seulement car Ă  l’usage l’organe Renault se rĂ©vĂšle si imprĂ©cis qu’on lui prĂ©fĂ©rera le Volkswagen remarquable en tout points.
Pour concevoir un produit susceptible de conquĂ©rir les 30-40 ans aisĂ©s, il fallait rĂ©pondre Ă  certains impĂ©ratifs. Les diffĂ©rents services de Volkswagen ont tenu compte de ces impĂ©ratifs au pied de la lettre et le rĂ©sultat de leurs travaux, qui nous apparaĂźt aujourd’hui comme banal mais qui Ă©tait loin de l’ĂȘtre en 1976, a donnĂ© le jour Ă  la premiĂšre Golf GTi telle que nous la connaissons. Volkswagen s’est beaucoup investi pour donner naissance Ă  la GTi car ce genre d’automobile n’était pas dans sa culture. Techniciens et financiers ont Ă©tĂ© mis Ă  contribution pour dĂ©vergonder la Golf qui jusqu’à prĂ©sent n’avait que 70 ch Din Ă  proposer, au plus. Quatre conditions fondamentales furent rĂ©unies : esthĂ©tisme, performances, facilitĂ© et Ă©conomie d’utilisation, et vĂ©ritable caractĂšre sportif. Mais ce n’est pas pour autant suffisant pour s’expliquer le succĂšs rapide rencontrĂ© par le modĂšle. Il manque un Ă©lĂ©ment, celui capable de faire passer une voiture d’essence populaire dans la “caste” des autos adulĂ©es par tout le monde. Que ce soit les frimeurs, les sportifs, les calmes, les vĂ©ritables connaisseurs, les incultes, les riches, les pauvres… Cet Ă©lĂ©ment, c’est une rigueur de conception sans faille (eu Ă©gard au prix de vente). Et c’est cette rigueur encore inconnue Ă  ce niveau de gamme qui fit prendre la mayonnaise. C’est elle qui fera en sorte que l’on dira : «la Golf GTi c’est une super bagnole». Et personne ne s’avisait de dire le contraire sous peine de passer pour un guignol. Il n’en fallait pas plus, façon de dire, pour produire le best-seller des sportives du moment.
Le succĂšs appelant le succĂšs, la Golf GTi conquit Ă©galement les plus de 40 ans, et mĂȘme les plus de 50 ans dont le compte en banque permettait pourtant sans problĂšme de circuler en voiture deux Ă  trois fois plus coĂ»teuse. Tant et si bien qu’en 1979, dĂ©passant toutes les prĂ©visions les plus optimistes, la Golf dans sa version GTi Ă©tait devenue un phĂ©nomĂšne de sociĂ©tĂ©. L’image Ă©clatante de la Golf GTi attira les trĂšs riches, qui trouvaient en cette voiture leur compte en terme de plaisir de conduite et une polyvalence certaine pour leurs divers dĂ©placements, comme les moins riches, qui cassaient la tirelire pour se payer cet “ ascenseur social ”. En Golf GTi, l’ouvrier se sacrifiant pour honorer les traites et le chef d’entreprise dont elle ne reprĂ©sentait que trois Ă  six mois de salaire Ă©taient sur un pied d’égalitĂ©. À la maniĂšre de la moto, ou comme avant elle l’avait fait la R8 Gordini, la Golf GTi rapprochait les hommes. Enfin, peut-ĂȘtre pas les hommes, mais les titulaires du permis de conduire. La nuance est d’importance considĂ©rable
 Peu de constructeurs peuvent se targuer d’avoir rĂ©ussi la mĂȘme chose sur tous les plans, identiquement, ou, plus rare encore, supĂ©rieurement Ă  Volkswagen. En 1979, plus personne ne trouve drĂŽle de voir son riche voisin rouler en Volkswagen si celle-ci est une Golf GTi. Dans l’imaginaire collectif, la GTi est une Golf mais la Golf n’est pas une Volkswagen avec tout le bagage pĂ©joratif que traĂźnait cette marque en 1974 (au lancement de la Golf) et toujours encore un peu deux ans plus tard au lancement de la version GTi. Dans l’identitĂ© de ce modĂšle maintenant idolĂątrĂ©, la marque a Ă©tĂ© presque totalement occultĂ©e au profit de son nom, qui est devenu en quelque sorte la marque dans les conversations, et du type, qui est devenu en quelque sorte le nom. Cela peut paraĂźtre un peu fou, mais ce phĂ©nomĂšne de dĂ©calage, de glissement identitaire, fut trĂšs bĂ©nĂ©fique aux ventes de GTi. Ceux qui ont parfaitement suivi ont compris, on achetait une Golf et plus prĂ©cisĂ©ment une GTi, mais pas une Volkswagen. Tout au moins personne n’y pensait vraiment. C’est un peu comme si on allait voir son concessionnaire Golf pour acheter une GTi. Il y a encore peu de temps, le constructeur de Wolfsburg utilisait cela pour entretenir par le biais de publicitĂ©s efficaces l’image en or de sa Golf. Ce qui permettait de l’extirper de la guerre tarifaire que se livraient les autres constructeurs dans la catĂ©gorie. GrĂące Ă  la premiĂšre gĂ©nĂ©ration de la Golf, et plus particuliĂšrement de sa version sportive, Volkswagen est parvenu Ă  se dĂ©pĂȘtrer de son image de constructeur de Coccinelle et autres dĂ©rivĂ©s maladroitement Ă©tudiĂ©s et dessinĂ©s. Le phĂ©nomĂšne GTi a envahi toute l’Europe, mais le pays oĂč il fut le plus puissant est certainement la France oĂč en 1979, 80,25 % des Golf immatriculĂ©es sont des GTi !!! Il est impensable aujourd’hui qu’une version sportive dĂ©rivĂ©e d’une populaire de grande diffusion ne fasse ne serait-ce que 5 % des immatriculations. Cela donne une idĂ©e de l’ampleur du succĂšs rencontrĂ© par Volkswagen. Nous allons en reparler.
Dans la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es ‘70, en France comme en Allemagne, BMW et Mercedes sont l’archĂ©type mĂȘme des voitures symboles de promotion sociale. Comment imaginer que la derniĂšre «voiture du peuple» munie d’un 1600 Ă  injection allait marcher (fouler mĂȘme) sur les plates-bandes prestigieuses de l’étoile et de l’hĂ©lice ? C’est que la petite, bien qu’absolument pas rĂ©volutionnaire au fond, Ă©tait loin d’ĂȘtre dĂ©munie d’arguments pour plaire et convaincre. Et en France plus encore qu’en son pays d’origine, ses arguments nous parlaient fort. Si fort qu’ils en ont empĂȘchĂ© plus d’un de s’endormir le soir. Il faut dire qu’il y avait beau chercher ailleurs, pour un prix approchant de celui de la Golf GTi il n’y avait rien de mieux et de plus sĂ©rieux. Par contre il y avait peut-ĂȘtre tout aussi passionnant et plus gai. Ceci dit, c’est un autre dĂ©bat et il est indubitable que le bagage technologique de la GTI exhalait un fort parfum de performances propre Ă  attirer l’amateur. On passait volontiers sur la boĂźte 4 les deux premiĂšres annĂ©es et demi et sur les freins arriĂšres Ă  tambour. Le reste Ă©tait si bien
 Et il faut dire que souvent la lointaine concurrence n’avait pas mieux. Alors
 On passait bien aussi sans sourciller sur les lacunes de prĂ©sentation intĂ©rieure, triste, mais triste. Pas grave finalement, la gaietĂ© chez la Golf GTi, elle Ă©tait dans le moteur et le comportement routier. Et puis au moins l’amĂ©nagement de l’habitacle respirait la qualitĂ© faite pour durer.
Le succĂšs grandissant, le dĂ©lai d’attente pour toucher sa GTi s’étira. Il passa vite de quelques semaines Ă  officiellement 3 mois, pour monter en rĂ©alitĂ© jusqu’à 6 mois. C’est que les gens de Volkswagen avaient prĂ©vu d’en Ă©couler 400 chez nous la premiĂšre annĂ©e (1977) et que finalement ils en Ă©coulĂšrent plus de 2300. D’entrĂ©e, le potentiel s’avĂ©ra ĂȘtre largement sous-estimĂ© et par la suite le constructeur s’en trouva tout aussi largement dĂ©bordĂ©. En 1978, c’est presque 3700 GTi qui furent achetĂ©es en France ; en 1979, plus de 8000 ; et en 1980 autour de 11000. Nous l’avons vu tout Ă  l’heure, un quart des Golf Ă©coulĂ©es en France Ă  la croisĂ©e des annĂ©es 70 et 80 Ă©tait des GTi, alors que dans le meilleur des cas, Volkswagen prĂ©voyait d’en vendre 10 %. Ceci prĂ©cisĂ©, pas besoin de longues explications pour comprendre que dans ces conditions le service commercial n’avait absolument pas la moindre intention de faire des efforts sur le tarif. De 31.260 F du dĂ©but, le prix passa Ă  35.430 en 1977 ; 38.490 en 1978 ; 43.850 en 1979 ; pour atteindre 48.990 Francs en 1980. Ce qui faisait tout de mĂȘme entre, environ, 3.000 et 5.300 francs d’augmentation par an. Ou encore, plus causant, un bond de 57 % au total. Pas moins ! Il faut aussi reconnaĂźtre que la voiture n’était pas restĂ©e figĂ©e et qu’il Ă©tait normal de faire payer les Ă©volutions (surtout la boĂźte 5). Ceci dit, il n’y avait aucune raison de freiner l’envolĂ©e du tarif de la Golf GTi tant celle-ci s’arrachait. Au point que les occasions rĂ©centes se vendaient au prix du neuf, et mĂȘme plus. Et puis, signe du phĂ©nomĂšne qu’elle est devenue, les voleurs lui vouent un attachement dont les propriĂ©taires se seraient bien passĂ©s. Face Ă  cette dĂ©ferlante les concessionnaires essayĂšrent bien de diriger le client vers d’autres produits du Groupe VW et Audi ayant un caractĂšre sportif, mais rien n’y fit. Scirocco GLi, Jetta GLi et Audi 80 GTE/GLE ne ramasseront que les miettes laissĂ©es par la Golf GTi. Pourtant ces modĂšles n’étaient pas dĂ©nuĂ©s de qualitĂ©s, au contraire. Ainsi le coupĂ© Scirocco GLi, Ă©quipĂ© comme les autres voitures mentionnĂ©es ici du mĂȘme 1600 injection de 110 chevaux que la Golf GTi, Ă©tait-il l’équivalent de cette derniĂšre avec une carrosserie plus exclusive. Pourtant il Ă©tait difficile Ă  vendre. Les clients dĂ©siraient plus de polyvalence et la mode des coupĂ©s s’estompait, ceci explique en partie cela. Prenons maintenant les Audi 80 GTE/GLE et la Jetta GLi. Souvent, vu les besoins du client, elles Ă©taient plus pratiques que la Golf avec leur grand coffre. Mais non, lĂ  non plus rien n’y fit ! La GTI avait fait muter le marchĂ©, cousines et sƓurs n’étaient pas dans le ton, et peu importaient leurs avantages. S’ajoute Ă©galement dans les explications de la dĂ©saffection rencontrĂ©e par toutes celles-ci face Ă  la Golf GTi, un prix beaucoup plus Ă©levĂ© qui finalement ne se justifiait “que” par une exclusivitĂ© supĂ©rieure, une carrosserie plus vaste ou plus fine et un Ă©quipement plus riche. Autant d’arguments dont presque tout le monde n’avait que faire vu que pour ĂȘtre regardĂ© et enviĂ©, c’était au volant de la Golf GTi qu’il fallait ĂȘtre. Les arcanes des motivations d’achat et du succĂšs ou de l’insuccĂšs d’un modĂšle sont dĂ©cidĂ©ment complexes Ă  percer.
C’est quoi au juste une VW Golf GTi?
LancĂ©e Ă  l’étĂ© 1974, il ne fait guĂšre de doute chez les observateurs scrupuleux que la Golf constitue une bonne base pour Ă©laborer une petite sportive “utilitaire” dans la droite ligne (quant Ă  la philosophie, techniquement c’est diffĂ©rent) des Renault 8 et 12 Gordini, Simca 1000 Rallye 2 et 1100 Ti, Alfa Sud Ti, Ford Escort RS 2000, etc… Elle a tout pour ça, et mĂȘme plus que les quelques voitures citĂ©es ci-dessus. RĂ©pondant aux canons de la modernitĂ© de l’époque : moteur transversal, arbre Ă  cames en tĂȘte entraĂźnĂ© par courroie, quatre roues indĂ©pendantes, traction, carrosserie compacte bi-corps avec hayon, la Golf a aussi pour insigne avantage d’ĂȘtre trĂšs lĂ©gĂšre (760 kg en version 1100 50 ch Din).
Un trĂšs bon point si elle devenait une sportive dans l’avenir. La version 1500 70 chevaux Din ne contredit pas ceux qui prĂ©tendent qu’une Golf plus Ă©toffĂ©e serait redoutable. On sentait effectivement en celle-ci, si ce n’est quelque vellĂ©itĂ© sportive au moins un potentiel que la faible puissance de son moteur ne mettait que trĂšs partiellement Ă  contribution. Visiblement il ne fait aucun doute que les trains roulants et la rigiditĂ© de caisse sont capables de supporter beaucoup plus. Seuls les freins dĂ©notent.
Les responsables de Volkswagen n’attendirent pas qu’on leur dise pour essayer de faire de leur nouveau cheval de bataille une authentique sportive. Si cela n’affole pas les carnets de commande au moins ce sera bon pour l’image. Dans un premier temps cela se fit Ă  l’aide de deux carburateurs double corps sur le moteur 1588 cm3 de l’Audi 80 GT. La 80 GT dĂ©livrait 100 ch Din avec un seul carburateur double corps Ă  registre, ce qui laisse Ă  croire qu’avec deux doubles corps les 110 chevaux Ă©taient facilement atteints. Cette Golf ne restera qu’un prototype puisque immĂ©diatement aprĂšs, Audi sortit le modĂšle 80 GTE (E pour einspritz, injection en français) en remplacement de la GT, avec le mĂȘme 1588 cm3 muni d’un systĂšme K-JĂ©tronic Bosch. DonnĂ© pour 110 ch Din et 14 Mkg DIN Ă  respectivement 6.100 tr/min et 5.000 tr/min, ce moteur Ă©tait une totale rĂ©ussite. CommercialisĂ©e Ă  partir de septembre 1975, la 80 GTE restera dans les normes de diffusion prĂ©vue par le groupe VW et Audi et ne s’approchera absolument Ă  aucun moment du colossal succĂšs que va rencontrer la Golf GTi avec le mĂȘme moteur.
Avec, donc, le 1588 cm3 presque «carré» (79,5 x 80) alimentĂ© par injection d’origine Audi, la Golf appelĂ©e des 3 lettres G,T et I qui deviendront vite cĂ©lĂšbres (il s’agissait d’un sigle dĂ©jĂ  ancien mais jusque lĂ  trĂšs peu usitĂ©) fut prĂ©sentĂ©e au Salon de Francfort en septembre 1975. Il s’agissait d’un modĂšle d’avant sĂ©rie non dĂ©finitif en ce qui concerne quelques dĂ©tails. Les prĂ©tentions sportives du modĂšle furent copieusement mises en avant par Wolfsburg. Une voiture de cette catĂ©gorie disposant d’un moteur Ă  injection d’essence de 110 chevaux c’était du jamais vu, cela suffit pour en faire la reine du salon. Mine de rien elle intrigua cette Golf puissante comme une grosse voiture et lĂ©gĂšre comme une moyenne (ce qu’elle Ă©tait). Cela promettait ! Nombreux furent ceux Ă  dĂ©jĂ  trĂ©pigner d’impatience et Ă  prendre des renseignements sur le stand, voire Ă  vouloir signer un chĂšque de rĂ©servation. Il leur fallut attendre juin 1976, mois auquel fut mise en production la GTi, pour pouvoir enfin passer commande. En France c’est jusqu’en Septembre qu’il fallut patienter pour pouvoir s’offrir, façon de dire, une Golf GTi.
ExtĂ©rieurement la GTi prĂ©sente trĂšs peu de diffĂ©rences avec les autres versions de la gamme Golf. Disponible uniquement en deux portes (plus tard il sera possible de l’obtenir en quatre portes) elle s’en distingue par des Ă©largisseurs d’aile en plastique, un spoiler, une calandre cerclĂ©e de rouge, des bandeaux de bas de portes autocollants, un entourage noir mat de la glace de hayon (Ă©quipĂ©e d’un essuie-glace) et des monogrammes GTi. C’est tout, c’est peu, mais cela suffit pour la reconnaĂźtre au premier coup d’Ɠil tout en lui assurant une discrĂ©tion de bon aloi. À cela s’ajoutent des pneus de 175/70 x 13 et une garde au sol rĂ©duite de 20 mm. CĂŽtĂ© technique, la suspension est complĂ©tĂ©e par des barres antiroulis avant et arriĂšre et ses caractĂ©ristiques sont modifiĂ©es par l’adoption de ressorts et d’amortisseurs spĂ©ciaux. Pour le freinage ce sont des disques ventilĂ©s qui ont Ă©tĂ© retenus, pour l’avant seulement. À l’arriĂšre les tambours restent en place. LĂ  encore c’est peu de chose mais ce sera suffisant pour assurer Ă  la GTi le meilleur comportement du moment, le freinage restera par contre Ă  la traĂźne. Voyons l’intĂ©rieur. Celui-ci se rapproche de l’équipement de la version GLS, avec des siĂšges baquets garnis d’un tissu Ă©cossais trĂšs mode, un volant 3 branches, un pommeau de levier de vitesses en forme de balle de golf, et une instrumentation plus complĂšte (compte-tours et tempĂ©rature d’huile). La GTi est disponible pour commencer uniquement en rouge ou gris mĂ©tallisĂ© avec sellerie Ă©cossaise rouge ou grise selon la teinte de caisse.
1977 est donc le premier millĂ©sime de cette voiture qui restera fameuse et qui, personne ne le sait encore, va marquer l’histoire de l’automobile. Elle ne recevra au cours de cette premiĂšre annĂ©e que des amĂ©liorations mineures peu nombreuses. Quand la GTi sera commercialisĂ©e en France, elle a dĂ©jĂ  reçu la culasse pour accepter l’essence sans plomb. Ce que n’avaient pas les premiers exemplaires. À la fin du millĂ©sime, la GTi reçoit un habillage aĂ©rodynamique sur les montants de pare-brise pour limiter les bruits d’air.
C’est ainsi, selon cette derniĂšre prescription des Ă©volutions, qu’est notre voiture d’essai.
Cette année-là, en 1981, la Golf GTi battit son record des ventes en France avec un tout petit peu plus de 16.000 unités vendues.
Sans entrer dans le dĂ©tail, signalons, pour la bonne comprĂ©hension de la suite immĂ©diate, qu’en 1981, VW France commanda une sĂ©rie spĂ©ciale de Golf GTi Ă  moteur 16 soupapes (136 ch Din Ă  6.500 tr/min et 16 Mkg DIN Ă  5.500 tr/min) au prĂ©parateur allemand Oettinger, et qu’à partir de Juillet 1982 la GTi “ordinaire” fut munie d’un moteur 1800 cm3. Obtenu par une lĂ©gĂšre augmentation de l’alĂ©sage (81 au lieu de 79,5), ce gain de cylindrĂ©e n’engendra que 2 chevaux supplĂ©mentaires (Ă  5.800 tr/min) mais amĂ©liora la souplesse (15,6 Mkg Ă  3.500 tr/min). En mars 1984, apparition de la Golf sĂ©rie 2 Ă  la carrosserie plus ronde, plus volumineuse et plus lourde. Elle sera naturellement aussi dĂ©clinĂ©e en une version GTI. Celle-ci ne dĂ©clenchera pas le mĂȘme enthousiasme que son illustre devanciĂšre. Elle en restera mĂȘme Ă  des lieues. Surtout que la concurrence est maintenant trĂšs vive.
De trĂšs bons restes…
À l’époque de sa splendeur, la Golf GTi 1600 sĂ©rie 1 n’avait pratiquement pas eu Ă  affronter une situation de rĂ©elle concurrence. Ford Escort XR3, Renault R5 Alpine et Fiat Ritmo 105 TC ne faisaient pas le poids face Ă  son homogĂ©nĂ©itĂ©. Quand les constructeurs adverses, au nombre desquels les trois prĂ©cĂ©demment citĂ©s, furent en mesure de vraiment rĂ©agir, avec, soit de toutes nouvelles voitures, soit des versions revues et corrigĂ©es (telles la XR3i, la R5 Alpine Turbo et la Ritmo 125 TC pour continuer avec nos trois exemples prĂ©cĂ©dents), la Golf vacilla un peu sur son piĂ©destal mais ne chuta pas. Elle restera maĂźtre de la situation avec seulement quelques amĂ©liorations supplĂ©mentaires de seconde importance et, surtout, son nouveau moteur 1800.
Deux Ă  trois ans plus tard aprĂšs l’arrĂȘt de la Golf sĂ©rie 1, mĂȘme les «super GTi» apparaissant sur le marchĂ© avec une puissance de l’ordre de 130 ch et plus (Ford Escort RS Turbo, Fiat Ritmo 130 TC Abarth, VW Golf GTI sĂ©rie 2 16 soupapes, Lancia Delta HF 1600, Peugeot 205 GTI 1.9 L) ne purent noyer le chagrin des plus fĂ©rus de la Volkswagen. Ayant eu pour avantage d’ĂȘtre la premiĂšre «GTi» de l’ùre moderne, la Golf sĂ©rie 1 bĂ©nĂ©ficiait d’une cote d’amour gigantesque. Et malgrĂ© des prestations rentrĂ©es dans le rang, elle continua pendant des annĂ©es Ă  faire un tabac sur le trĂšs actif marchĂ© de l’occasion. La version spĂ©ciale au marchĂ© français, Ă  moteur 1600 Oettinger 16 soupapes, contribua fortement Ă  renforcer le mythe GTi chez nous et fera l’objet d’un vĂ©ritable culte chez les “extrĂ©mistes”. Elle sera suivie tardivement d’une version officielle de la GTi 16 soupapes sĂ©rie 2 apparue pour le millĂ©sime 85. Celle-ci ne dĂ©clenchera pas le mĂȘme enthousiasme. Dans ces conditions, tendant vers un Ă©tat d’amour passionnel et immodĂ©rĂ©, juger objectivement la Golf GTi sĂ©rie 1 devenait pour certains trĂšs difficile. Voire impossible. Comme chacun sait, l’amour rend aveugle. Beaucoup ne se remettaient pas de sa disparition et Ă  force de l’aimer finissaient par lui prĂȘter un niveau d’efficacitĂ© qu’elle n’avait pas. Chez les autres, les plus modĂ©rĂ©s, les plus ouverts aussi aux appels de plus en plus prononcĂ©s de la concurrence, l’apparition concomitante de la nouvelle carrosserie (sĂ©rie 2) et de la 205 GTi fit prendre rapidement conscience que le rĂšgne de la Volkswagen Ă©tait en passe de se finir. Il avait tout de mĂȘme durĂ© huit ans.
Aujourd’hui la fĂȘte est finie. Les voitures de la catĂ©gorie «GTi» sont Ă  l’agonie chez les rares constructeurs qui en proposent encore et la Golf GTI sĂ©rie 1 est demeurĂ©e une lĂ©gende. C’est une affaire entendue. À tel point qu’il est rare encore aujourd’hui d’en entendre parler entre passionnĂ© sans pouvoir relever des excĂšs concernant ses prĂ©tendues capacitĂ©s. Alors que faut-il vĂ©ritablement en attendre en 2004 de cette fameuse Golf GTi sĂ©rie 1, fondatrice d’une catĂ©gorie d’automobiles qui marquĂšrent profondĂ©ment les annĂ©es 80 ?
Le temps a passĂ©, 30 ans se sont Ă©coulĂ©s depuis la prĂ©sentation des premiĂšres Golf, qui engendreront celle qui nous intĂ©resse ici au premier chef. 30 ans, ce n’est pas rien. Il s’en est passĂ© des choses dans le vaste monde de l’automobile. Ainsi, bien que plus du tout dans l’air du temps car considĂ©rĂ©es comme des pousse au crime inadaptĂ©es aux conditions de la circulation moderne, les simples «GTi» sont devenues des «super GTi». Des «hyper GTi» mĂȘme, devrait-on dire. Celles-ci, fortes de puissances considĂ©rables (pas loin de 200 ch pour certaines d’entre elles) et de compĂ©tences dynamiques inconnues il y a 20 ans, naviguent dans une sphĂšre trĂšs lointaine de celle de notre Golf GTi. Difficile Ă  premiĂšre vue de ne pas Ă©corner la rĂ©putation de la Golf GTi premiĂšre du nom si l’on connaĂźt ses descendantes spirituelles et que l’on garde constamment Ă  l’esprit leur niveau d’efficacitĂ©. Un niveau si Ă©levĂ©, procurĂ© par des trains roulants trĂšs sophistiquĂ©s et une Ă©lectronique de plus en plus prĂ©sente, que les «hyper GTi» dont il est question sont capables de tenir la dragĂ©e haute sur certains parcours aux grosses GT d’il y a 20 ans. Dans ces conditions, ne va-t-elle pas me paraĂźtre totalement dĂ©passĂ©e cette Golf GTi, que l’on regardait passer Ă  18 ans avec des yeux de ChimĂšne mes camarades et moi ? Autant le dire tout de suite, cela ne fut pas du tout le cas. Au moins en ce qui concerne le plaisir Ă  retirer. Immense ! Elle m’a donnĂ© le sentiment Ă©vident d’avoir beaucoup vieilli sur les points qui ont le plus progressĂ© ces dix derniĂšres annĂ©es (freinage, filtrage de suspension et prĂ©cision de conduite notamment), mais elle ne m’a pas parue ĂȘtre totalement dĂ©passĂ©e. Ça non !
J’ai donc sous les yeux pour essai, une Golf GTI 1600, boĂźte 5, de 1981. Totalement d’origine Ă  l’exception de quelques complĂ©ments d’habillage intĂ©rieur (bas de vitres de portes et de vitre arriĂšre et cĂŽtĂ©s de coffre) faits maison par le prĂ©cĂ©dent propriĂ©taire et du rĂ©troviseur droit, elle totalise 150.000 km environ. Un kilomĂ©trage qui commence Ă  ĂȘtre respectable mais qui ne l’empĂȘche pas d’ĂȘtre en pleine forme. L’entretien fut parfaitement suivi, cela se sent Ă  la conduite. Les siĂšges baquets Recaro sont impeccables et Ă  l’inspection de l’intĂ©rieur rien ne rĂ©vĂšle la somme de kilomĂštres accumulĂ©s et le passage du temps.
DĂšs les premiers mĂštres je perçois ce qui a probablement Ă  mes yeux, avec le freinage, le plus vieilli sur la Golf GTi, j’en faisais Ă©tat prĂ©cĂ©demment entre parenthĂšse : il s’agit du filtrage de suspension, qui n’arrive pas Ă  la cheville de ce que l’on sait faire aujourd’hui. Ça brinqueballe, enfin cela en donne l’impression, c’est ferme et cela gĂ©nĂšre des bruits parasites dans l’habitacle. Bref, c’est sport façon annĂ©es 70-80 et il vaudra mieux pour de longs dĂ©placements avoir Ă  faire Ă  du billard impeccable qu’à un revĂȘtement gondolĂ© et parsemĂ© de nids de poule. La direction est, elle, particuliĂšrement douce et prĂ©cise. Totalement Ă  l’opposĂ© de la fermetĂ© de suspension. Vous me direz, ça n’a rien Ă  voir, c’est vrai. N’empĂȘche qu’avec un train avant si rĂȘche on s’attend plus Ă  trouver une direction dure. Quant Ă  la boĂźte de vitesses, elle ne fait carrĂ©ment pas son Ăąge. Le mĂ©canisme de sĂ©lection est prĂ©cis, agrĂ©able Ă  manƓuvrer et les synchros permettent des passages de rapport Ă©clairs. De plus, l’étagement est parfait et permet en tirant sur tous les intermĂ©diaires une mise en vitesse harmonieuse, et, surtout, de ne jamais ĂȘtre «entre deux vitesses» sur parcours sinueux et vallonnĂ© comme l’est notre itinĂ©raire. Jamais la Golf GTi n’est traĂźtre dans ses rĂ©actions et seul son freinage rĂ©clamant un gros effort Ă  chaud pour n’obtenir qu’une dĂ©cĂ©lĂ©ration moyenne, incite Ă  la prudence sur route non reconnue auparavant. Tout cela est trĂšs bien mais cela ne veut pas dire que c’est parfait. Sur les bosses en virage, l’amortissement trop souple en compression Ă  l’avant fait que la voiture pique un peu trop du nez, et l’arriĂšre ne donne pas l’impression de toujours vouloir suivre avec la plus grande discipline. MalgrĂ© ce comportement, largement oubliĂ© de nos jours avec les sportives modernes Ă  la cadence Ă  laquelle est capable d’aller une Golf GTi de 1981, le comportement routier peut ĂȘtre qualifiĂ© d’exemplaire. Justement car la GTi n’est jamais traĂźtre, on perçoit parfaitement ses limites et cela procure un vĂ©ritable confort de pilotage. Il n’y a pas d’effet de couple dĂ©sagrĂ©able dans la direction, ni de perte de motricitĂ© intempestive. MĂȘme en 2me et alors que l’auto essayĂ©e est Ă©quipĂ©e de modestes 175/70 x 13. Une option, trĂšs coĂ»teuse, comprenant des jantes de 14’’ et des Pirelli P6 amĂ©liorerait beaucoup les choses. C’était certainement trĂšs bien pour ceux exploitant Ă  fond les capacitĂ©s de leur engin, car au rythme oĂč je vais, rapide mais coulĂ©, je sens que la voiture n’aurait pas besoin de grand chose de plus pour aller naturellement plus vite sans que j’ai Ă  forcer plus. Plusieurs amorces de sous-virage se sont manifestĂ©es et j’ai senti dans la direction que les pneus Ă  profil haut se dĂ©formaient. Ce fut parfaitement sensible dans les ronds-points dĂ©serts et au revĂȘtement d’excellente qualitĂ©, abordĂ©s Ă  relativement grande vitesse. Il suffit alors de doser du pied droit pour rester sans problĂšme en deçà de la limite oĂč apparaĂźt le fort sous-virage. Un jeu d’enfant. Ceci dit la prise de roulis est importante et dans ces tourniquets que sont les ronds-points campagnards, une chaussĂ©e humide aurait certainement occasionnĂ© des pertes de motricitĂ© importantes. Les changements d’appui ne sont pas aussi nets qu’avec une voiture de mĂȘme catĂ©gorie beaucoup plus rĂ©cente, ou tout simplement qu’avec une 205 GTI. La conduite de cette voiture est rĂ©crĂ©ative avec son mĂ©lange de sensation disparues et de sensations toujours d’actualitĂ©. S’il fallait rĂ©sumer, je dirais que la Golf GTI sĂ©rie 1 est une «ancienne-moderne». La durĂ©e de l’essai (trop court) et la joie de me retrouver au volant de cette voiture m’ayant un peu fait oublier que j’étais lĂ  pour travailler, m’en ont fait complĂštement passer Ă  cĂŽtĂ© du jugement du confort. Un confort qui avait la rĂ©putation Ă  l’époque d’ĂȘtre trĂšs relatif, pour les passagers arriĂšres surtout. Disons que pour ma part cela m’a paru ferme, mais que la qualitĂ© des siĂšges compense largement il me semble en ce domaine les lacunes des suspensions. De toute façon cela me paraĂźt secondaire. Le comportement routier, sĂ»r, efficace et prĂ©venant est beaucoup plus important que le confort maintenant que la voiture est surtout utilisĂ©e pour des voyages d’agrĂ©ment.

Le moteur est une merveille de mĂ©canique. Un chef d’Ɠuvre ! Reprenant Ă  tous les rĂ©gimes Ă  partir de 1.500 tr/min sur tous les rapports sans hoqueter, oui mĂȘme en 5me (!), il monte ensuite avec allĂ©gresse jusqu’à la zone rouge. Son onctuositĂ© et sa hargne sont un rĂ©gal. Sa sonoritĂ© n’est pas mal non plus. Un rien mĂ©tallique elle n’est pas envahissante et vous parvient aux oreilles juste ce qu’il faut pour y prendre plaisir sans s’en lasser sur longues distances. Comment d’ailleurs se lasser de quoi que ce soit de cette voiture ? Je me le demande encore !

20 juin 2008

Immatriculer une voiture venant d’Allemagne

ClassĂ© dans : Pratique — admin @ 16:52

Ce n’est plus un secret, acheter une voiture en Allemagne est synonyme d’économies. C’est encore plus vrai avec les futures «collectionnables» que sont les Porsche 911, Mercedes 500 SL, BMW 850… Ces autos ĂągĂ©es de dix Ă  quinze ans y pullulent ou elles se nĂ©gocient bien moins cher que chez nous. Si cela vous tente, voici pas Ă  pas les Ă©tapes pour immatriculer sans soucis une voiture achetĂ©e Outre-Rhin…

Porsche 928 S4 ou GTS. Une valeur sûre en collection.

Étape 1 : Avant de partir
Avant votre dĂ©part, vous passerez Ă  la mairie ou Ă  la PrĂ©fecture prendre un ou deux exemplaires du certificat de cession. Ensuite, vous irez Ă  votre banque retirer des espĂšces. Sachez-le, les allemands - qu’ils soient professionnels ou particuliers - n’acceptent pas les paiement par chĂšque ou par cartes bancaires… Les virements sont bien acceptĂ©s mais votre vendeur ne vous remettra votre auto qu’une fois l’argent sur son compte, ce qui peut prendre plusieurs semaines.
Dans les faits, seul les billets de banque sont utilisĂ©s. Soyez donc prĂ©voyant et privilĂ©giez les moyennes coupures (100/200 euros), bien utiles quand on veut discuter le prix. Attention : en sortant des espĂšces de France, vous devrez dĂ©clarer aux Douanes toute somme supĂ©rieure Ă  7.600 euros. Si cette formalitĂ© vous gĂšne, une solution consiste Ă  partir Ă  plusieurs afin de pouvoir emmener lĂ©galement plus d’argent.

Étape 2 : L’achat de la voiture
Ça y est, vous ĂȘtes devant la voiture de vos rĂȘves. Vous l’avez essayĂ©, elle vous plait et c’est dĂ©cidĂ© : vous allez l’acheter. Voici les documents que doit vous remettre le vendeur :
- la «fahrzeugbrief» (c’est la carte grise)
- copie de la «fahrzeugschein» (le résumé de la carte grise)
- Le contrĂŽle technique
«haupt und Abgasuntersuchung» (le «TÜV»)
- un certificat de cession allemand : «verkauf kontrakt» ou «kaufvertrag».
- un certificat de cession français que vous
remplirez avec le vendeur.

Étape 3 : L’immatriculation provisoire
En principe, la voiture que vous achetez a Ă©tĂ© «radiĂ©e» par son propriĂ©taire. C’est pour cette raison qu’elle est peut-ĂȘtre dĂ©pourvue d’immatriculation. Dans le cas contraire, demandez au vendeur de retirer ses plaques : il ne peut en aucun cas vous les transmettre. Pour rentrer en France, vous allez donc devoir vous faire dĂ©livrer un jeu de plaques «export». Pour cela, vous vous rendrez Ă  l’équivalent du service des cartes grises le plus proche, appelĂ© «Strassenverkehrsamt» ou plus couramment «zulassungstelle» et vous y obtiendrez sur prĂ©sentation des papiers du vĂ©hicule, d’une piĂšce d’identitĂ© et de quelques dizaines d’euros :
- La fiche de radiation du véhicule «abmeldebescheinigung»
- Une immatriculation temporaire avec certificat et plaques provisoires («zoll kennzeichen») qu’un fonctionnaire allemand montera sur votre auto aprĂšs avoir procĂ©dĂ© Ă  son identification.
Nota : en achetant ces plaques provisoires, vous achetez Ă©galement une assurance au tiers pour une durĂ©e maximale de 3 mois. La date de validitĂ© de votre assurance provisoire est frappĂ©e sur le cartouche droit de la plaque (noir sur rouge). Cette assurance vous Ă©vite d’avoir a en souscrire une en France avant de partir et vous permet de rouler en toute lĂ©galitĂ© des deux cĂŽtĂ©s de la frontiĂšre.

Étape 4 : Le quitus fiscal
De retour en France, vous vous rendrez au centre des impĂŽts afin de vous faire dĂ©livrer un quitus fiscal, nĂ©cessaire pour pouvoir immatriculer votre auto. Ce document atteste que vous avez bien acquis un vĂ©hicule d’occasion Ă  l’intĂ©rieur de la CEE et que vous n’avez aucune TVA Ă  payer. Cette formalitĂ© est gratuite. Pour obtenir le quitus, il vous sera demandĂ© :
- La fahrzeufbrief (carte grise)
- Les certificats de cession français et allemand avec mentionnant le kilomĂ©trage et le prix d’achat de l’auto.
- Une photocopie de votre piĂšce d’identitĂ©
- Un justificatif de domicile (facture EDF, France TĂ©lĂ©com…)

Étape 5 : Le certificat de conformitĂ©
Ce document «EG-Typgenehmiging / EWG-Übereinstimmungsbe-scheinigung», Ă©mane du constructeur, est remis au premier acheteur du vĂ©hicule neuf et se reconnaĂźt facilement car il est entiĂšrement barrĂ© de rouge. Votre vendeur a du vous le remettre, surtout s’il s’agit d’un professionnel. Si vous n’avez pas ce document, ne vous inquiĂ©tez pas, vous devrez simplement en faire la demande auprĂšs de l’importateur français. La demande doit ĂȘtre faite par Ă©crit en joignant une photocopie de la carte grise allemande et le plus souvent, un chĂšque d’une centaine environ.

Étape 6 : Contrîle technique
MalgrĂ© sa rĂ©putation, le contrĂŽle technique allemand (TUV) ne vous sera d’aucune utilitĂ© en France. Vous allez donc devoir repasser votre voiture auprĂšs d’un centre de contrĂŽle technique français. Une fois cette formalitĂ© effectuĂ©e, vous pourrez faire immatriculer votre auto.

Étape 7 : Immatriculation dĂ©finitive
Pour obtenir l’immatriculation de votre vĂ©hicule, il vous faudra prĂ©senter Ă  la PrĂ©fecture dans les quinze jours suivant l’achat avec :
- La carte grise allemande (fahrzeugbrief)
- La copie de la fahrzeugschein
- La fiche de radiation
- Le quitus fiscal
- Le certificat de conformité
- Le certificat de cession français
- Le contrÎle technique français

Avec un peu d’organisation et de bon sens, aller acheter un vĂ©hicule outre-Rhin ne pose pas de souci particulier. D’autant que les vĂ©hicules y sont trĂšs bien entretenus et bien moins chers que chez nous. Le jeu en vaut donc vraiment la chandelle.

Peugeot 205 GTi 1.6L

ClassĂ© dans : Essais — admin @ 10:27

La 205 GTI a aujourd’hui 20 ans et entre dans le monde de la collection, dĂ©laissant du mĂȘme coup celui, cruel, de l’occasion. Cruel, car beaucoup d’exemplaires de cette voiture culte furent massacrĂ©es par des propriĂ©taires peu soigneux ou par d’autres, adeptes, eux, du tuning. Ce qui pour le
collectionneur soucieux du strict Ă©tat d’origine revient sensiblement au mĂȘme. Les 205 GTI ne sont pas encore devenues trĂšs rares, mais pourtant en trouver une collectionnable sans avoir Ă  lui prodiguer des soins rĂ©parateurs intenses relĂšve presque de l’exploit.

Tous les grands constructeurs gĂ©nĂ©ralistes europĂ©ens, et mĂȘme d’ailleurs, ont dĂ©rivĂ© Ă  un moment ou Ă  un autre une version sportive de l’un de leurs modĂšles les plus populaires. La liste de ces voitures Ă  part et pourtant d’apparence si commune est longue, trĂšs longue. Ce qui fait que pour l’amateur et collectionneur des annĂ©es 2000 le choix est thĂ©oriquement tout aussi grand pour se faire plaisir selon ses goĂ»ts. ThĂ©oriquement seulement, car en pratique c’est une autre histoire. En effet, certains modĂšles de ces petites autos passion sont devenus si rares, que vouloir en trouver une Ă  vendre sous un ou deux ans dans un bel Ă©tat d’origine et exempte de tous dĂ©fauts rĂ©dhibitoires n’est que pure illusion. Et je n’exagĂšre pas.

Sauf Ă  ĂȘtre particuliĂšrement tĂȘtu et patient, et encore en ayant dans votre entourage un certain nombre de connaissances pouvant ĂȘtre susceptibles de vous indiquer l’objet de vos rĂȘves (un reprĂ©sentant visitant les garages, par exemple), seule la chance pourra intervenir en votre faveur si vous dĂ©sirez faire entrer dans votre garage une Alfa Sud 1.3 ou 1.5 Ti, une Fiat Ritmo 125 ou 130 TC Abarth, ou encore une Ford Escort RS 1600i ou une RS Turbo.S’agissant de la 205 GTi, en 1.6L ou en 1.9L, on en n’est pas encore au point de la rarĂ©faction de ces trois exemples (beaucoup plus rares Ă  l’origine il est vrai). Mais attention, ne traĂźnez pas, les belles 205 GTi se rarĂ©fient elles aussi. Enfin, plus exactement, elles entrent dans des collections pour ne plus en sortir. Car la GTi de Peugeot est indubitablement devenue un collector, une auto de connaisseur, d’initiĂ©, quelque chose que l’on achĂšte plus par hasard ou pour ĂȘtre Ă  la mode. La mode, sa mode, elle l’a dans le dos, aujourd’hui c’est une autre vie qui s’ouvre Ă  elle.

Rappels
En 1976, Volkswagen dĂ©fraye la chronique avec la Golf GTi. Une version Ă  laquelle ne croyaient pas les dirigeants de la marque. Ce modĂšle, pas novateur dans son concept mais Ă  la rĂ©alisation trĂšs rigoureuse, s’éleva non pas d’un mais d’au moins deux crans au-dessus de ses concurrentes directes. À tel point que de concurrentes rĂ©elles elle n’en avait pas, tout bonnement ! ConsĂ©quemment le succĂšs fut quasi immĂ©diat et colossal.
Les autres constructeurs, français, italiens et allemands surtout, tardĂšrent plus ou moins Ă  mener la chasse Ă  cette automobile faisant naĂźtre un phĂ©nomĂšne de sociĂ©tĂ© Ă©quivalent Ă  celui de la Renault 8 Gordini en France quelques annĂ©es auparavant. Sauf que la Golf GTi connut un succĂšs international et non pas limitĂ© Ă  son pays d’origine. Ce qui n’est pas du tout la mĂȘme chose en terme de volume de vente, de parts de marchĂ©, de taux de pĂ©nĂ©tration et d’exportation, de propagation d’image. Enfin bref, de tout ce qui fait l’aboutissement de l’industrie automobile, c’est Ă  dire son commerce. Tous ceux qui entreprirent dans un premier temps de dĂ©boulonner la Golf GTi s’y cassĂšrent les dents ! MĂȘme si certaines de leurs crĂ©ations n’étaient pas, loin s’en faut, dĂ©nuĂ©es de qualitĂ©s, personne ne put rĂ©ussir le cocktail quasi parfait rĂ©alisĂ© par Volkswagen en terme d’efficacitĂ© de performances brutes, de polyvalence et mĂȘme de fiabilitĂ© et d’économie. La Golf GTi permettait Ă  ses propriĂ©taires de l’époque de rĂ©aliser des moyennes rĂ©servĂ©es il y avait encore peu Ă  de surpuissantes GT. Pas moins ! Et ceux qui ne veulent pas le croire ne sont certainement jamais montĂ©s dans une Golf GTi bien menĂ©e. Quand on sait qu’en 1977 la Golf proposait ce dont elle Ă©tait capable pour au moins 4 fois moins cher qu’une GT de haute lignĂ©e tout juste capable de la suivre sur une route du Morvan, on comprend son succĂšs sans plus d’explication.
Volkswagen rĂ©agit vite Ă  deux critiques majeures afin de conforter encore son insolente avance : l’absence de 5me vitesse et un relatif manque de couple du 1600, qui pour y rĂ©pondre Ă©voluera en 1800.
La grande bataille engagĂ©e dans le sillage de la surdouĂ©e de Wolfsburg n’échappa pas Ă  Peugeot, alors Ă  cette pĂ©riode en train d’élaborer le projet M24 qui deviendra la 205. Pour les dĂ©cideurs de la firme au lion il fallait aussi Ă  leur future petite voiture sa version sportive. Les Ă©tudes et l’observation de ce qui se passait chez les concurrents, et notamment bien sĂ»r chez Volkswagen, le prouvaient, toutes les gammes de la marque avaient Ă  gagner de la prĂ©sence d’un dĂ©rivĂ© sportif de la M24. À condition que Peugeot s’en donne les moyens. Le succĂšs colossal de la Golf GTi, ainsi que ceux moindres mais nĂ©anmoins pas nĂ©gligeables d’autres modĂšles rĂ©pondant au mĂȘme concept (R5 Alpine, Escort XR3 par exemple), ne pouvait que faire naĂźtre de grandes espĂ©rances. Mais pour que la rĂ©ponse au succĂšs de la Golf GTi soit Ă  sa hauteur il fallait au moins, et encore cela paraissait n’ĂȘtre qu’un minimum peu souhaitable, arriver Ă  en Ă©galer le niveau de qualitĂ© globale. Ce qu’aucune marque n’avait encore rĂ©ussi Ă  faire au moment oĂč se prendront les derniĂšres orientations capitales du projet M24. Comme quoi ce qui paraĂźt simple n’est pas forcĂ©ment facile Ă  faire. Car le plus rageant dans la Golf GTi c’est qu’absolument rien de techniquement rĂ©volutionnaire n’entre dans sa composition ! Pourtant le rĂ©sultat est lĂ , bel et bien rĂ©volutionnaire lui !
Le projet M24 fut donc orientĂ© vers des caractĂ©ristiques de base d’oĂč dĂ©boucheront des qualitĂ©s pouvant en faire une petite sportive redoutable tout en Ă©tant, comme la Golf, facile Ă  vivre. Un gage de plus grande diffusion. Tous les atouts furent regroupĂ©s pour y parvenir : rigiditĂ© de caisse, poids modĂ©rĂ©, volume, aĂ©rodynamisme, possibilitĂ© d’adopter un “ gros ” moteur sans revoir spĂ©cialement le bloc avant, possibilitĂ© d’adopter un train avant triangulĂ© trĂšs efficace, rĂ©alisation de la carrosserie 3 portes sur la plate-forme de la 5 portes (volume intĂ©rieur Ă©gal) etc… Le tout en tenant compte d’un prix de vente cohĂ©rent avec une politique de conquĂȘte, et d’un niveau de fiabilitĂ© souhaitĂ© en parfait accord avec la forte rĂ©putation de Peugeot en ce domaine.
À la fin des annĂ©es ‘70 et au dĂ©but des annĂ©es ‘80, si Peugeot avait une rĂ©putation de sĂ©rieux, force est de constater que la marque n’avait pas une image trĂšs glamour. De plus, de par une conjonction de faits liĂ©s Ă  la fois Ă  ses produits et Ă  une politique expansionniste pour le moins dĂ©sastreuse, ses comptes plongent dans le rouge. À la vĂ©ritĂ©, ils y sont mĂȘme dĂ©jĂ  et la M24 doit assurer le salut tout en prĂ©parant le terrain pour d’autres futurs modĂšles en changeant complĂštement l’image terne et vieillotte de la marque. D’oĂč un look trĂšs Ă©tudiĂ© et la mise en place d’un trĂšs ambitieux programme de compĂ©tition Ă©chafaudĂ© sur la base d’une auto dĂ©volue exclusivement Ă  la course et reprenant le visuel de la 205 de Monsieur tout-le-monde. Pour un impact fort et pour qu’il y ait auprĂšs du public une assimilation parfaite de la M 24 Rallye (qui sera en fait la 205 Turbo 16) Ă  la M 24 tout court (c’est Ă  dire toutes les autres 205 Ă  moteur avant), un savant et minutieux calendrier de prĂ©sentations sera mis en place.
Impossible ici de simplement survoler toutes les donnĂ©es, qu’elles soient techniques, sportives, stratĂ©giques, industrielles, ou encore commerciales, qui assurĂšrent le succĂšs des 205 en gĂ©nĂ©ral et de la GTi en particulier. La somme de ces donnĂ©es est Ă©norme et la revue tout entiĂšre ni suffirait pas. Ce bref rappel passant beaucoup d’élĂ©ments Ă  la trappe me parut nĂ©anmoins nĂ©cessaire pour que les plus jeunes d’entre vous, ainsi que les moins connaisseurs de l’histoire de la 205, comprennent bien que la cĂ©lĂšbre GTi de Peugeot n’est pas devenue une star automobile par des simples faits dus au hasard. Celle-ci possĂ©dait, et possĂšde encore, une somme de qualitĂ©s rare Ă  ce niveau. Son succĂšs commercial fut simplement mĂ©ritĂ© et la place en collection qu’elle est en train de se faire ne l’est pas moins. Si jusqu’ici de ce texte vous ne deviez retenir qu’une chose, que ce soit celle-ci : une 205 GTi, mĂȘme en fonction des critĂšres d’aujourd’hui, ce n’est comme qui dirait pas n’importe quoi, c’est du trĂšs bon Ă  la portĂ©e de presque toutes les bourses. Je dis presque, car entre une 1.6 115 chevaux trafiquĂ©e, dĂ©foncĂ©e et au moteur rincĂ© et une 1.6L de 105 chevaux de 1984 entiĂšrement d’origine, en trĂšs bon Ă©tat et ayant moins de 100 000 kilomĂštres il y a une grosse diffĂ©rence de prix de vente. Au demeurant parfaitement justifiĂ©e.
Quelle qu’en soit la version, 105, 115 ou 130 chevaux, la 205 GTi distille un plaisir de conduite intense et son degrĂ© d’efficacitĂ© est certainement trĂšs au-delĂ  de vos capacitĂ©s de pilote. Son rendement routier global est encore trĂšs actuel et ne la mĂšne pas Ă  la limite qui veut, surtout s’il s’agit de la redoutable 1.9L 130 chevaux. Elle possĂšde aussi l’immense avantage aux yeux des vĂ©ritables connaisseurs d’ĂȘtre d’une race de voitures que l’on ne trouve plus en neuf dans les gammes actuelles. De ces «GTi» pures, sans artifices Ă©lectroniques d’aide Ă  la conduite, ayant un poids contenu, gage de grande sportivitĂ©, un comportement facile Ă  comprendre et hyper efficace (gare quand mĂȘme Ă  celui de la 1.9L, plus survireuse), des mĂ©caniques rageuses et souples (surtout en 1.9L) mais pas surpuissantes. Sans oublier une somme de dĂ©tails qui font que ces voitures collectionnables, pour ne pas dire de collection, sont encore des voitures modernes mais dĂ©pourvues des derniers inconvĂ©nients rencontrĂ©s souvent sur celles-ci (prix, aseptisation, complexitĂ©, etc). Ce sont donc des voitures faciles Ă  faire rouler et Ă  conserver dans un trĂšs bon Ă©tat.
Si vous hĂ©sitiez Ă  vous offrir ce jouet extraordinaire qu’est la 205 GTi, je vous conseillerais de ne pas hĂ©siter plus longtemps. Vous ne regretterez pas votre investissement, par ailleurs assez modique. Profitez-en ça ne va peut-ĂȘtre pas durer. Mais de grĂące, Ă©vitez les exemplaires bidouillĂ©s, modifiĂ©s esthĂ©tiquement, ou au moteur soi-disant prĂ©parĂ© et aux trains roulants soi-disant amĂ©liorĂ©s. Peu de prĂ©parateurs du dimanche, conseillĂ©s par les vendeurs de centre-auto sont plus forts que les ingĂ©nieurs et essayeurs d’usine. Toutes ces voitures trafiquĂ©es, n’ayons pas peur du mot, n’avancent souvent pas plus vite qu’une restĂ©e de sĂ©rie et en pleine forme… Sans parler que, entre autres nombreux inconvĂ©nients, des trains roulants exagĂ©rĂ©ment durcis, par exemple, amĂšnent Ă  mettre le conducteur plus en confiance par un senti diffĂ©rent de la route et une plus grande sĂ©cheresse de rĂ©action perçue parfois Ă  tort comme une amĂ©lioration de la tenue de route. EncouragĂ© Ă  pousser plus sa voiture le conducteur se trouve souvent pris au dĂ©pourvu quand, beaucoup moins prĂ©venante dans ses rĂ©actions, celle-ci entame une figure qu’il ne saurait contrĂŽler aux vitesses atteintes.
De plus les voitures modifiĂ©es vous coĂ»terons cher Ă  remettre en conformitĂ© avec leur Ă©tat d’origine, alors laissez-les donc de cĂŽtĂ© et concentrez vos efforts sur la recherche d’un modĂšle strictement de sĂ©rie et rĂ©pondant, du fait, parfaitement Ă  l’esprit collection. Et puis vous verrez, les 205 GTi les plus admirĂ©es de nos jours ne sont pas les plus “ tunĂ©es ” mais celles Ă©tant le plus dans un Ă©tat d’origine s’approchant de la perfection.


La vie de la 205 GTi
À la vĂ©ritĂ© Peugeot ne se contenta pas seulement d’égaler Volkswagen et dĂ©boulonna tout simplement la Golf GTi de son piĂ©destal, bien aidĂ© en cela il est vrai par une mutation de celle-ci en 1984 tendant vers un embourgeoisement pas du goĂ»t de tout le monde. Bref, la 205 GTi se taille rapidement la part du lion dans le marchĂ© de plus en plus concurrentiel des sportives populaires compactes. En dĂ©nommant sa crĂ©ation des 3 lettres devenues magiques, Peugeot avait clairement dĂ©signĂ© l’adversaire numĂ©ro un et l’objectif Ă  atteindre : faire de sa GTi la nouvelle rĂ©fĂ©rence du marchĂ©. Ce fut fait au-delĂ  des espĂ©rances. Tout comme la Golf avant elle, la petite Française va devenir un vĂ©ritable phĂ©nomĂšne de sociĂ©tĂ© Ă  l’échelon europĂ©en. Il faut dire qu’en plus des atouts intrinsĂšques au modĂšle, de l’ombre, Peugeot est passĂ© Ă  la lumiĂšre avec son programme compĂ©tition basĂ© sur le Championnat du Monde des Rallyes Groupe B qu’elle ambitionne de gagner. Et en ce domaine les Ă©vĂšnements pouvaient difficilement mieux se dĂ©rouler pour la marque française, qui enchaĂźne les victoires avec la 205 Turbo 16, qui est devenue grĂące Ă  une Ă©quipe incroyable la nouvelle arme Ă  battre. L’Europe entiĂšre, et notamment la France bien Ă©videmment, se prend de passion pour les rallyes au plus haut niveau qui sont, ceci explique en partie cela, trĂšs largement mĂ©diatisĂ©s Ă  l’époque. SupportĂ©es commercialement par les succĂšs de la 205 Turbo 16, les 205 ordinaires, et la GTi bien sĂ»r, se vendent comme des petits pains. En plus de la course, on peut voir les 205 lors de vastes campagnes de pub bien senties et omniprĂ©sentes. Presse, spĂ©cialisĂ©e en automobiles ou pas ; radios ; affichage ; foires et salons, rien n’est omis comme support, et surtout pas la tĂ©lĂ© oĂč l’on peut y voir, entre autres, un film publicitaire pour la seule GTi s’inspirant des aventures d’un cĂ©lĂšbre agent secret britannique. Un vrai chef d’Ɠuvre dans son genre.
Les journalistes essayeurs ne trouveront pas grand chose Ă  redire sur les prestations de la 205 GTi. Les critiques Ă©mises furent mineures et les premiers clients parmi ceux ayant un bon coup de volant eurent vite fait de juger Ă  tel point on ne leur avait pas menti. Oui, vraiment, la 205 GTi proposait en 1984 un niveau d’efficacitĂ© incroyable. En rĂ©alitĂ© elle n’avait qu’une faiblesse aux yeux du grand public avide de chevaux et Ă  qui les subtilitĂ©s d’une auto rĂ©ussie Ă©chappent souvent. Surtout celles liĂ©es au comportement et Ă  la tenue de route, certainement de loin les plus difficiles Ă  ressentir pour un conducteur moyen.
Avec son 1.6L de 105 chevaux seulement, la Peugeot n’a pas le compte pour Ă©pater le non-connaisseur, qui pourra lui prĂ©fĂ©rer Ă  cause de cela une concurrente plus musclĂ©e, mais aussi souvent bien plus lourde. Par contre elle est sans aucun doute la plus efficace, la plus Ă©quilibrĂ©e, la plus agile, bref la plus tout ce qui fait le comportement d’une super sportive.
Au cours de l’annĂ©e 1984 rien de notable ne sera modifiĂ© sur les voitures de ce premier millĂ©sime. Ce ne fut pas tout Ă  fait le cas au cours de l’annĂ©e 1985 (je tiens Ă  vous prĂ©venir que les listes qui vont suivre ne sont pas complĂštes, elles indiquent seulement les Ă©volutions les plus importantes techniquement, ainsi que les plus voyantes) : adoption d’un nouveau pommeau de levier de vitesses, d’un nouveau graphisme «GTi» au centre du volant, et surtout d’un nouveau systĂšme de dĂ©verrouillage de marche arriĂšre qui entraĂźna pas mal de modifications sur la boĂźte, le tablier avant et la tringlerie.
En 1986, la 205 GTi se dĂ©double avec l’apparition d’une version 115 ch (commercialisation fin janvier). Pour dĂ©livrer 10 chevaux de plus, le moteur 1580 cm3 XU 5J reçut des soupapes plus grandes, un nouvel arbre Ă  cames et une culasse Ă  chambres de combustion modifiĂ©es, ainsi que les conduits d’admission et d’échappement. En plus des modifications amĂ©liorant le rendement, le XU 5J, qui devient XU 5JA dans sa dĂ©clinaison 115 chevaux, reçut Ă©galement un grand nombre d’amĂ©liorations de dĂ©tails portant sur son renfort.
De son cĂŽtĂ©, la 105 chevaux Ă©voluera encore assez peu cette annĂ©e d’un strict point de vue technique, et seulement avec des Ă©lĂ©ments issus de la nouvelle 115 afin d’harmonisation. Par contre nous noterons que la 105 adopta immĂ©diatement le nouveau tableau de bord apparu avec la 115 ch.
Plus tard dans l’annĂ©e, 105 et 115 recevront un nouveau train arriĂšre assez largement modifiĂ© par rapport au prĂ©cĂ©dent mais en en conservant tous les principes et le dessin. À peu prĂšs au mĂȘme moment la 105 bĂ©nĂ©ficiera du rapport d’assistance et du compensateur de freinage de la 115.
Pour 1987, la 105 chevaux est retirĂ©e du catalogue et une nouvelle version d’une cylindrĂ©e d’1.9L est mise en commercialisation. Avec ses 130 chevaux DIN et son couple maximum s’établissant Ă  16,8 mkg DIN Ă  4.750 tr/min (13,7 Ă  4.000 pour la 1.6L 105 et 13,6 au mĂȘme rĂ©gime pour la 115), la nouvelle 205 GTi est apte Ă  rĂ©pondre aux plus puissantes concurrentes en matiĂšre de performances brutes. ImmĂ©diatement 115 et 130 partagent les mĂȘmes nouveaux dĂ©tails d’équipement apparus cette annĂ©e : planche de bord, tableau de bord, rĂ©troviseur extĂ©rieur, volant cuir, etc.
Avec la 1.9L de 130 chevaux, Peugeot remet les pendules Ă  l’heure et propose un choix intĂ©ressant de deux voitures quel que peu diffĂ©rentes et sĂ©parĂ©es d’environ 10 000 Francs au tarif de l’époque. Ce qui n’est pas rien et peut faire hĂ©siter. Le caractĂšre moteur de la 1.9 GTi est tout autre que celui de la 1.6 GTi. Dans le nouveau 1905 cm3 longue course, type XU 9JA, on ne reconnaĂźt guĂšre les XU 5J et XU 5JA.
De profonds remaniements furent rĂ©alisĂ©s pour dĂ©finir le 1.9L 130 chevaux XU 9JA : nouveau vilebrequin (course de 88 mm contre 73 pour les 1600), nouvelles bielles plus courtes, nouveaux pistons, nouvelle culasse, soupapes agrandies, arbre Ă  cames redĂ©fini, radiateur d’huile, rigidification du carter-cylindres par une entretoise…
Afin d’optimiser l’exploitation des nouvelles caractĂ©ristiques moteur, la transmission de la 1.9L GTi reçut quelques modifications : 1re, 2me et rapport de pont allongĂ©s. VoilĂ  qui serait dĂ©jĂ  pas mal si c’en Ă©tait restĂ© lĂ , mais Peugeot est allĂ© plus loin, revisitant toutes les parties cruciales de sa voiture en matiĂšre de comportement dynamique afin de lui apporter sur ce point Ă©galement un caractĂšre plus trempĂ©. Ainsi le train arriĂšre est reculĂ© de 5 mm pour Ă©viter le contact des pneus de 15 pouces (14 pour les 1.6L) dans les passages de roue et il reçoit de nouveaux amortisseurs. Sa voie s’élargit et il est dotĂ© de freins Ă  disques. Le train avant a un dĂ©port rĂ©duit et une voie rĂ©duite. Par contre, le diamĂštre des roulements est sensiblement augmentĂ©. À l’intĂ©rieur on trouve de nouveaux garnissages de siĂšges permettant de diffĂ©rencier nettement les deux versions. On observera que dans le mĂȘme but le dessin des jantes de 15’’ n’est pas identique Ă  celui de celles de 14’’.
Pour 1988, 115 et 130 Ă©voluent un peu : nouveaux Ă©triers de freins, becquet de hayon redessinĂ©, nouveau rĂ©troviseur extĂ©rieur, nouvelle planche de bord et nouveau tableau de bord, nouveau volant etc… Concernant la seule 130 ch, le radiateur d’huile est remplacĂ© par un Ă©changeur huile/eau type Modine.
Rien de vraiment notable pour 1989 dans le cadre de cette étude rapide.
En 1990, les deux versions reçoivent une nouvelle boßte de vitesses à rapport et grille modifiés. Le couple de pont de la 115 demeure plus court que celui de la 130.
PrĂ©sentation cette annĂ©e de la 1.9 GTi «Griffe» qui ne sera volontairement produite qu’à 3.000 exemplaires. Cette version chic reçoit une finition spĂ©ciale :
Peinture vert «Fluorite» métal, baguettes grises foncées, jantes anthracite, marquage latéraux «Griffe», moquette grise, siÚges cuir «Ouragan», direction assistée, systÚme ABR, équipements de confort repris à la Gentry.
En 1991 les 205 GTI reçoivent de nouveaux clignotants avant, des blocs de
feux arriĂšres fumĂ©s et redessinĂ©s, un rĂ©troviseur droit et diverses “bricoles” de finition. À cela s’ajoutent quelques modifications techniques sans importance si ce n’est celle, optionnelle, concernant un antiblocage de freins (ABR) Ă  2 capteurs seulement.
Rien de notable en 1992, si ce n’est la possibilitĂ© d’obtenir la 130 avec le tissu de siĂšge apparu l’an passĂ© sur la 115.
En 1993, la 115 est retirĂ©e du catalogue et le moteur 1905 cm3 XU 9JA devient XU 9JAZ suite Ă  des modifications pour l’adaptation d’un Ă©chappement catalytique. La puissance chute Ă  122 chevaux DIN et le couple Ă  15,6 m.kg. Par contre son rĂ©gime d’obtention de 3.000 tr/min est plus favorable Ă  une utilisation sage.
La nouvelle GTi dĂ©polluĂ©e Ă©volue Ă©galement Ă  l’intĂ©rieur avec de nouveaux habillages et des jantes couleur gris anthracite.
Pour le millĂ©sime 1994, les plus visibles des modifications concernent l’éclairage (blanc) et les clignotants (pose de rĂ©pĂ©titeurs sur les ailes avant).
Fin de production de la 205 GTI 1.9L de 122 chevaux le 31 Janvier 1994. Une page est tournée.
À noter qu’en dĂ©cembre 1984, Peugeot mit en vente un kit moteur destinĂ© Ă  rĂ©pondre aux demandes de clients dĂ©sireux d’absolument plus de puissance. Ce kit permettait de porter la puissance Ă  125 chevaux et surtout procurait un caractĂšre plus bouillant au XU 5J. Finalement ils ne seront pas si nombreux qu’on aurait pu le croire Ă  confier leur GTI 1.6L 105 chevaux Ă  un garage Peugeot afin de la faire modifier avec les piĂšces du kit performance. Il faut dire que mĂȘme issue d’un grand constructeur, homologuĂ©e et garantie piĂšces et main d’Ɠuvre, la formule du kit n’a jamais eu bonne rĂ©putation et grand succĂšs en France. La 205 GTi ne fera pas exception en ce domaine. Ce qui explique que la diffusion du kit 125 chevaux fut confidentielle. De plus l’apparition de la 115 puis de la 130 le torpilla.
Aujourd’hui trouver Ă  acheter une 205 1.6 GTI kitĂ©e 125 chevaux est intĂ©ressant Ă  plus d’un titre. Mais il faudra bien s’assurer que le kit est entiĂšrement prĂ©sent sous le capot et qu’il n’est pas qu’un rĂȘve dans l’esprit du vendeur. De plus en cas de gros pĂ©pin incriminant l’une des piĂšces du kit il y a de fortes chances qu’un retour Ă  la normale soit obligatoire, faute de pouvoir trouver la piĂšce en bon Ă©tat. MĂ©fiance donc !

Que vĂ©rifier avant d’acheter une 205 GTi ?

CARROSSERIE-COQUE
Bien que la caisse des 205 GTI ait subit un sĂ©rieux traitement anticorrosion, il peut arriver d’en rencontrer quelques unes avec des traces de corrosion. Rien de trĂšs anormal car il ne faut pas oublier que certaines ont connu une vie tumultueuse et que le temps a passĂ©. Les plus ĂągĂ©es des 205 GTi ont dĂ©jĂ  20 ans. Les traces de corrosion se rencontrent gĂ©nĂ©ralement sous les enjoliveurs plastiques latĂ©raux, dans les passages de roues, autour des poignĂ©es de porte, dans le bas du hayon, au niveau des charniĂšres de celui-ci et Ă  la base du pare-brise. Examinez Ă©galement attentivement la rainure situĂ©e au-dessus des vitres latĂ©rales arriĂšres. Si vous y voyez des craquelures de peinture c’est que la caisse, trĂšs lĂ©gĂšre mais connaissant du fait des soucis de rigiditĂ© si elle a Ă©tĂ© souvent malmenĂ©e, a travaillĂ©. Regardez aussi devant les roues arriĂšres, Ă  la jonction du panneau de tĂŽle situĂ© sous l’enjoliveur latĂ©ral avec le bas de caisse. Il se peut pour les mĂȘmes raisons qu’il y ait une fissure Ă  l’endroit prĂ©cis oĂč panneau de tĂŽle et bas de caisse se rejoignent. Sauf Ă  vouloir entreprendre une restauration complĂšte, fuyez les voitures prĂ©sentant ces soucis. Une 205 GTi qui a Ă©tĂ© bien entretenue et pas martyrisĂ©e doit nous ĂȘtre arrivĂ©e sans corrosion et avec une caisse indemne.
Traquez donc les traces de chocs, trĂšs courant sur ce type d’auto souvent menĂ©e Ă  la cravache par un jockey inexpĂ©rimentĂ©.
Assurez-vous que les plastiques bruts extĂ©rieurs (protections latĂ©rales, pare-chocs, extensions d’ailes) sont bien tous de la mĂȘme teinte. Ils ont en effet tendance Ă  Ă©claircir avec le temps, et si diffĂ©rence de teinte il y a c’est que certains ont Ă©tĂ© probablement changĂ©s. Demandez et regardez pourquoi.

HABITACLE
Le gros souci lors de l’achat d’une 205 GTI dans le but de la collectionner c’est l’intĂ©rieur. Effectivement, la finition y est lĂ©gĂšre, surtout sur les premiers millĂ©simes, et le pire reste le tissu et la mousse des siĂšges qui sont d’une bien piĂštre qualitĂ©. TrĂšs frĂ©quemment les bourrelets latĂ©raux placĂ©s Ă  l’extĂ©rieur sont complĂštement abĂźmĂ©s. Ne pas s’inquiĂ©ter des “cri-cri” se faisant entendre sur route bosselĂ©e, ils Ă©taient dĂ©jĂ  prĂ©sents quand les voitures Ă©taient neuves. Si elle en est munie, et pendant que vous ĂȘtes dans la voiture que vous convoitez, vĂ©rifiez donc le bon fonctionnement de son toit ouvrant optionnel coulissant. N’achetez pas une 205 GTi avec un toit ouvrant d’accessoiriste. D’abord car il ne s’accompagne pas des traverses de rigidification qui vont avec l’élĂ©ment «usine», et nous avons vu que sur le point crucial de la rigiditĂ© de caisse la 205 GTi est un peu limitĂ©e, et ensuite car dans l’esprit « collection » ce genre d’accessoire plus ou moins bien rajoutĂ© n’a rien Ă  faire sur votre future voiture.
Pour finir, assurez-vous que tout correspond bien au bon millĂ©sime. Il se peut fort bien que vous rencontriez pendant vos recherches des voitures avec un panachage siĂšges-volant et autres de millĂ©simes diffĂ©rents. Avec la vie qu’on connut certaines 205 GTI ces dix derniĂšres annĂ©es ce n’est pas bizarre du tout


ÉLECTRICITE
L’instrumentation Ă  aiguilles peut faire des siennes, surtout sur les plus vieilles voitures, de mĂȘme que les voyants Ă  qui il peut arriver de s’allumer ou de clignoter de façon anarchique.
Quelques faiblesses au niveau des accessoires peuvent aussi survenir selon les modĂšles. En rĂ©alitĂ© rien de bien grave. Sauf peut-ĂȘtre celle de la pompe Ă  essence immergĂ©e qui dĂ©clare forfait par intermittence d’abord, puis dĂ©finitivement Ă  cause de la pĂąte isolante qui recouvre ses cosses qui se dĂ©sagrĂšge dans le temps. Ce n’est pas que ce soit trĂšs grave au fond mais si l’on n’est pas prĂ©venu et pas trĂšs connaisseur des faiblesses du modĂšle, il est possible de penser Ă  pire.

TRAINS ROULANTS ET FREINS
Trains avant et arriÚre peuvent nécessiter un resserrage de leurs éléments constitutifs (rarement fait). Les cannelures des barres de torsion arriÚres se rongent parfois et les roulements de roues peuvent avoir pris du jeu. Ces problÚmes se rencontrent le plus souvent sur des autos fortement kilométrées.
Il se peut aussi que le train avant devienne bruyant lors des braquages. Ceci vient des biellettes de barre stabilisatrice. Rien de mĂ©chant. Sachez que les amortisseurs d’origine Peugeot ne garantissent pas une tenue de route optimale au-delĂ  de 40.000 km. Évitez les voitures aux suspensions rabaissĂ©es et durcies, toujours Ă  cause de la caisse pas assez rigide pour encaisser sans dommage le surcroĂźt de contraintes.
CĂŽtĂ© freinage rien Ă  signaler d’autre que le fait que son efficacitĂ© dĂ©pend beaucoup de l’adaptation disques-garnitures. Certaines voitures vous paraĂźtront donc beaucoup plus performantes que d’autres sur ce point. Selon l’utilisation, la durĂ©e plaquettes-disques avant peut aller du simple au double.
Jetez un Ɠil aux pneumatiques. Le fait qu’ils soient neufs ne fait pas tout. Les qualitĂ©s routiĂšres de la 205 GTi dĂ©pendent beaucoup des enveloppes choisies. Évitez les pneus Truc-Much modĂšle ZZPXX vantĂ©s par le vendeur du centre-auto local comme Ă©tant ce qu’il y a de mieux au monde (Ă  deux fois moins cher que des Michelin, ce serait Ă©tonnant…). Ou alors changez-les pour profiter pleinement des incroyables capacitĂ©s de votre GTi. Le bon marchĂ© est toujours trop cher en matiĂšre d’automobile, surtout quand cela touche directement Ă  la sĂ©curitĂ© et au plaisir de conduire.

TRANSMISSION
Comme pour les freins, l’embrayage durera plus ou moins longtemps selon le degrĂ© de sollicitation. C’est une Ă©vidence. Mais une Ă©vidence bonne Ă  rappeler en ce qui concerne une petite sportive susceptible d’avoir souvent effectuĂ© des dĂ©marrages Ă©clairs.
La boĂźte de vitesses est trĂšs solide. Au bout de plusieurs dizaines de milliers de kilomĂštres seuls les synchros de 2me et 3me peuvent prĂ©senter des petits signes de fatigue sur les autos bien conduites et entretenues. À signaler que le pignon de marche arriĂšre est toujours trĂšs bruyant.
Les soufflets de cardans sont fragiles et pensez Ă  regarder le silentbloc moteur supĂ©rieur droit. S’il a trop de jeu, la transmission peut en avoir souffert.
Enfin, vĂ©rifiez la tringlerie de levier de vitesses (bague TĂ©flon). Plus pour la forme qu’autre chose car rien de grave et d’onĂ©reux ne peut y survenir, mais sur certaines 205 GTi ce n’est pas joli joli de ce cĂŽtĂ©. Cela renseigne aussi sur l’exigence du propriĂ©taire en matiĂšre d’entretien.

MOTEUR
TrĂšs fiables, les XU 5J, 5JA, 9JA et 9JAZ ne rencontrent que trĂšs peu de problĂšmes pour des moteurs Ă©quipant des sportives souvent menĂ©es sans mĂ©nagement. Disons qu’ils s’usent gentiment sans faire parler d’eux au fil des milliers de kilomĂštres. Il est trĂšs rare d’entendre parler d’un moteur de 205 GTi qui aurait cassĂ©, ou alors c’était dans des circonstances anormales. Un manque d’huile par exemple.
Parmi les soucis vraiment chroniques et connus des XU Ă  injection, un ralenti instable, qui ne va pas en s’arrangeant Ă  mesure que le systĂšme d’injection prend de l’ñge. En rĂ©alitĂ© bien que cela soit gĂȘnant et agaçant il n’y a rien de dramatique et la rĂ©paration peut ĂȘtre facilement effectuĂ©e.
Un point important, et qui renseigne lui aussi beaucoup sur l’importance que le propriĂ©taire donnait Ă  l’entretien de sa GTi, demandez donc la derniĂšre facture du changement de courroie de distribution. Et pendant que vous y ĂȘtes, regardez les autres aussi
 s’il y en a. PassĂ©s les 100.000 km, ce qui est aujourd’hui courant chez les 205 GTi, les injecteurs arrivent Ă  connaĂźtre des soucis (pas graves, donc faciles Ă  remĂ©dier).
L’échappement peut jouer des tours, notamment Ă  hauteur du collecteur, ce qui produit un petit chuintement. Au mĂȘme endroit se trouve vissĂ©e la patte de fixation de la boĂźte Ă  air et avec la chaleur, celle-ci rouille et les vibrations la font casser. LĂ  encore rien de grave.

Comme vous pouvez vous en rendre compte si vous ne le saviez dĂ©jĂ , les 205 GTi, quelle qu’en soit la version prĂ©cise, sont des sportives extrĂȘmement endurantes. Bien que la finition lĂ©gĂšre puisse un peu altĂ©rer le plaisir Ă  la longue et que le manque de rigiditĂ© de la coque soit regrettable pour une auto ayant des trains roulants si efficaces, le bilan est largement positif. Évidemment tout n’est pas ici notĂ©, il se peut tout Ă  fait que vous rencontriez lors de vos recherches des exemplaires connaissant d’autres soucis. Mais ceux-ci ne sont certainement pas Ă  mettre dans la catĂ©gorie des problĂšmes connus comme apparaissant sur la quasi-totalitĂ© des 205 GTi ayant effectuĂ© un kilomĂ©trage relativement important. Il conviendra donc lors de votre achat que vous soyez vigilent sur l’ensemble du ou des vĂ©hicules inspectĂ©s, et pas seulement et bĂȘtement sur les seuls points ici Ă©numĂ©rĂ©s. Ce conseil restera valable pour les autres vĂ©hicules que nous traiterons dans les prochains numĂ©ros.
Enfin, je dirais que dans le but de collectionner il est prĂ©fĂ©rable d’éviter les 205 GTi s’approchant des 150.000 km si l’on ne vous apporte pas de sĂ©rieuses garanties d’une vie passĂ©e sans reproche (carnet d’entretien, factures, vidanges avec de la trĂšs bonne huile etc… TrĂšs bien entretenues dans les moindres dĂ©tails et de maniĂšre prĂ©ventive, ainsi qu’utilisĂ©es gentiment, elles peuvent encore faire beaucoup de chemin (certainement autant). Dans le cas contraire, le moteur sera dĂ©jĂ  rincĂ© et il ne vous gratifiera pas d’accĂ©lĂ©rations et de reprises dignes de lui, et puis tout le reste sera Ă  l’avenant. Vous n’aurez que l’ombre d’une 205 GTi. Alors si vous ne pouvez pas vous assurez de la vie qu’a connu la voiture que vous convoitez, mĂ©fiance

Et suivez donc ce dernier conseil, cherchez plutĂŽt un exemplaire Ă  tout prix peu kilomĂ©trĂ©. C’est le cas avec une auto affichant moins de 40.000 km au compteur. Certains en demandent prĂšs de 7600 euros de leur GTi. Oui, je sais c’est cher, mais c’est devenu tellemnt rare ! En cherchant bien et en Ă©tant patient c’est pourtant encore possible de trouver pareille auto. Au final, quelle joie de rouler dans une 205 GTi qui a encore le parfum du neuf. Comme dans les annĂ©es ‘80, au temps de sa splendeur.

5 juin 2008

SL Automobiles Ă  Chartres

ClassĂ© dans : Professionnels — admin @ 14:39

En 1999, aprĂšs 15 ans de pĂ©ripĂ©ties, la marque Venturi arrĂȘte sa production. Les concessionnaires sont alors contraints et forcĂ©s de fermer leurs portes ou de se rĂ©organiser en se tournant vers d’autres marques. Tous sauf un : Serge Lenoir. C’est un homme de dĂ©fis, aussi obstinĂ© qu’attachant, qui dĂ©cide alors, seul, de continuer Ă  faire «vivre» les Venturi. A ce jour, il entretien, rĂ©pare et restaure Ă  Chartres les deux tiers du parc Venturi existant…

AprĂšs quelques heures d’autoroute, nous arrivons Ă  Chartres ou nous nous renseignons pour trouver l’objet de notre pĂ©riple : le garage Venturi. La gĂ©rante de l’hĂŽtel en rigole d’avance. «Vous cherchez le garage de Monsieur Lenoir. Mais vous allez vous perdre… ». En effet, comme un pied de nez aux conventions, celui que nous venons voir Ă  implantĂ© son entreprise loin des zones industrielles balisĂ©es. Nous sommes prĂ©venus que l’endroit va ĂȘtre dĂ©licat Ă  dĂ©couvrir. GrĂące au tĂ©lĂ©phone portable, arme secrĂšte de l’enquĂȘteur, nous arrivons Ă  rejoindre le repaire de notre homme, situĂ© au coeur d’un quartier paisible aux jolies maisons bourgeoises. Une enseigne lumineuse aux couleurs patinĂ©es par le temps, signale l’endroit. Le gerfaut au centre d’un V bleu marine nous avertit que nous sommes bien arrivĂ©s. A peine visible de la rue, le garage se trouve au fond d’une petite impasse entourĂ©e de murs aveugles. L’endroit est sympa et fleure bon le bucolique, avec ses jolis cerisiers en fleurs. Quelques Alfa 75, GTV et une jolie 205 GTi sagement rangĂ©es en file indienne semblent nous inviter Ă  entrer dans les lieux… Mais un silence inhabituel pour un garage automobile nous inquiĂšte. Nous serions-nous trompĂ©s? Que nenni ! Toujours en se faufilant, on parvient Ă  frĂŽler le flanc gris mĂ©tal, gĂ©nĂ©reux et rebondi d’une Venturi 400 GT. Quelle mĂ©canique se cache donc au coeur de cette bĂȘte ? Un petit 600 ch qui a couru au Mans en 1995. Rien que ça. Cela promet.
Ensuite, tout va trĂšs vite. Il y a devant nous tout ce que l’usine Venturi Ă  pu produire en vingt ans : coupĂ©s 200, 260, 260 LM, 260 Atlantique, cabriolet Transcup, une belle 300 Atlantique et la 400 Trophy personnelle de Serge Lenoir. Toutes ces voitures sont plus belles, plus troublantes les une que les autres. Surtout, ne rien perdre. Penser Ă  faire des photos. Difficile de faire un choix. La cour est toute petite. Il est presque impossible de se retourner pour prendre du recul. Bon, raisonnons-nous… L’intĂ©rieur de l’atelier est devant nous. C’est une solide et rustique bĂątisse aux portes ouvertes. Vaguement groggy, on s’imagine pouvoir souffler. Mais l’oeil s’habitue et distingue rapidement plein d’autres Venturi ! Ici, deux ponts de levage valent 4 places de parking : 2 voitures dessus, 2 autres dessous et hop! Toute la surface du garage est occupĂ©e par des autos en entretien ou en rĂ©paration comme cette Maserati Biturbo cabriolet ou une Dodge Viper GTS. Avec prĂ©caution, on se glisse le long des voitures. Et puis au fond, le choc pour un passionnĂ© : une 260 Atlantique incendiĂ©e. Son pot catalytique, chauffĂ© Ă  blanc, a eu raison de la fragile carrosserie en rĂ©sine et carbone. Le moteur noirci, extrait du ventre de la bĂȘte est impressionnant. On a beau ĂȘtre prĂ©venu, cela doit chauffer sec Ă  l’accĂ©lĂ©ration… Serge Lenoir nous assurera plus tard, quelle repartira sur ses roues, sĂ©millante comme une jeunette, aprĂšs une remise Ă  neuf en bonne et due forme.
Au milieu de l’apparent dĂ©sordre de cette caverne aux trĂ©sors, Franck Jury, un des trois techniciens, se faufile tel un lĂ©zard dans son vivarium. Salopette grise et col roulĂ©, un bloc de suspension en carbone Ă  la main, il rectifie, resserre, polit. La dĂ©contraction n’est qu’apparente. Ici, le geste est prĂ©cis et sĂ»r.
Mais au fait, ou se trouve donc le maĂźtre des lieux ? D’un coup de menton, Franck nous indique l’antre du chef. L’endroit est secret et original. On Ă©tait passĂ© devant sans rien voir. En guise de bureau, Serge Lenoir s’est attribuĂ© une piĂšce Ă  peine plus grande qu’un placard mais dotĂ©e d’une entrĂ©e royale. Deux portes Ă  petits carreaux, couronnĂ©es par un dais de style campagnard, nous obligent Ă  courber l’échine pour entrer. Serge Lenoir nous reçoit tout sourire. L’heure est venue de passer aux choses sĂ©rieuses…

Interview de Serge Lenoir

Serge Lenoir, on vous dĂ©couvre en chef d’entreprise au milieu d’un invraisemblable parterre d’autos, dont le moindre exemplaire, ferait saliver d’envie, le plus falot des collectionneurs. Tout cela n’est que le fruit du hasard, bien sĂ»r !
Vous ne croyez pas si bien dire ! J’ai rĂ©ellement dĂ©butĂ© dans ce mĂ©tier, en 1983. Mais auparavant, dans les annĂ©es 1970, j’exerçais Ă  Paris une profession commerciale axĂ©e sur la photo. Et je n’avais donc aucune formation spĂ©cifique en mĂ©canique auto. Mais j’étais Ă  l’époque, propriĂ©taire passionnĂ© d’une Alfa Giulia dont je n’arrivais pas Ă  faire effectuer correctement l’entretien courant. Finalement, lassĂ© de cette situation, je me suis mis Ă  me documenter, pour pouvoir entretenir mon vĂ©hicule par mes propres moyens. De fil en aiguille, et l’expĂ©rience aidant, d’autres propriĂ©taires d’Alfa, se sont mis Ă  me demander d’effectuer les mĂȘme rĂ©glages, sur leur vĂ©hicules. le pli Ă©tait pris, et je me suis rĂ©ellement lancĂ© dans l’aventure, en crĂ©ant mon entreprise. J’ai opĂ©rĂ© ainsi en solo, de 1983 Ă  1988, en entretenant uniquement des Alfa, le reste des productions ne m’interressant pas. Mais j’en Ă©tait toujours restĂ© au stade artisanal dans le sous-sol de mon habitation…
A cette Ă©poque, vous n’auriez pas Ă©tĂ© tentĂ© de vous agrandir, en devenant concessionnaire Ă  part entiĂšre par exemple…
Si. J’ai franchi le cap en 1988, en m’installant Ă  Chartres, dans ces locaux les plus vastes et plus adaptĂ©s ; puis j’ai continuĂ© Ă  faire de l’entretien Alfa. Mais Ă  cette Ă©poque, le vent Ă  tournĂ©. Alfa Romeo France a Ă©tĂ© rachetĂ©e par Fiat et les relations sont devenues moins intĂ©rressantes. Avant, les chĂąssis et les mĂ©caniques Ă©taient spĂ©cifiques Ă  Alfa, c’est ce qui en faisait l’intĂ©rĂȘt et la valeur, Ă  mes yeux. A partir de cette Ă©poque, les Alfa sont en fait progressivement devenues des produits exclusivement Fiat, recevant un habillage oĂč ne subsistait en fait que le logo de la marque de Turin.
A partir de 1993, et tout en continuant Ă  entretenir des Alfa d’époque, je me suis mis en quĂȘte d’un autre constructeur - italien de prĂ©fĂ©rence - puisque je suis passionnĂ© de mĂ©caniques de ce pays. J’ai pris contact avec Maserati, dont Ă  l’époque, on apprĂ©hendait assez mal l’avenir. Puis j’ai contactĂ© Ferrari. Les membres de la firme, se sont bien accordĂ©s sur mon projet et ont d’emblĂ©e acceptĂ© de me soutenir. A la rĂ©flexion, j’ai dĂ©couvert un inconvĂ©nient de taille. A savoir que les Ets Ch. Pozzi, implantĂ©s depuis fort longtemps dans la capitale (Ă  Levallois), et dans une bonne partie de l’üle-de-France risquait de me faire un tort commercial irrĂ©parable. Nul Ă©tant prophĂšte en son pays, je me suis alors tournĂ© vers Porsche. Je ne suis pas un «porschiste» convaincu, je l’avoue. Mais il s’agit quand mĂȘme d’une trĂšs grande marque. Nous aurions donc pu nous entendre. Mon projet ne les a pas enthousiasmĂ©. Ils m’ont objectĂ©, qu’ils avaient dĂ©jĂ  un concessionnaire sĂ©rieux Ă  OrlĂ©ans. Le marchĂ© apparaissait alors difficile Ă  dĂ©velopper plus avant.
Bon, rĂ©sumons. En clair, on ne vous dĂ©courage pas franchement, mais on se rend compte que personne ne veut vous accueillir…
C’est un peu ça. Heureusement, l’histoire ne s’arrĂȘte pas lĂ . Dans les annĂ©es 1993-94, j’avais pensĂ© Ă  contacter Venturi. Ils avaient de bons rĂ©sultats, tout en utilisant un moteur que je n’apprĂ©ciais pas vraiment. Il s’agissait d’un PRV qui ne brillait pas trop, Ă©tant associĂ© aux Peugeot 604, et autres R30 de l’époque. Mais enfin… Ils faisaient alors parler d’eux, en ayant eu des rĂ©sultats Ă©tonnants, au 24H du Mans 1993. Sept voitures au dĂ©part, cinq Ă  l’arrivĂ©e, c’était exceptionnel pour une premiĂšre participation.
J’ai donc dĂ©cidĂ© de me mettre en relation avec Venturi et ai contactĂ© l’usine de CouĂ«ron, prĂšs de Nantes. Il s’est alors produit alors un phĂ©nomĂšne rare, qui aura pour le moins des rĂ©percutions sur la suite de mon parcours. Je me prĂ©sente, et demande Ă  la secrĂ©taire de me mettre en relation avec la personne chargĂ©e du dĂ©veloppement de la marque. J’argumente ainsi avec cette personne, pendant une demi-heure. A l’issue de cette conversation, mon interlocuteur m’invite Ă  venir le rencontrer dĂšs le lendemain Ă  l’usine. Imaginez ma surprise d’apprendre que je m’étais ainsi prĂ©sentĂ©, au PDG, de l’entreprise, Ă  l’époque, Monsieur Honel.
Vous avez donc visitĂ© l’usine. Mais ce n’est pas Ă  cette Ă©poque que Venturi a commencĂ© Ă  avoir des difficultĂ©s financiĂšres…
C’est exact, et je regrette aujourd’hui, de n’avoir pas connu l’entreprise, au temps de sa grande forme. Ce que j’ai pu remarquer cependant, et qui m’a tout de suite sĂ©duit, c’est en quelque sortes, le profil type de l’acheteur d’une Venturi. Il s’agit d’une marque de vĂ©hicules assez peu connue, les propriĂ©taires ne l’achĂšte donc pas, pour se mettre en valeur, comme avec une Porsche ou une Ferrari. J’avais affaire lĂ , Ă  de rĂ©els passionnĂ©s.
S’il est exact que Venturi n’était pas une marque trĂšs connue, pouvez-vous nĂ©anmoins nous la situer dans son contexte de l’époque…
Venturi a produit environ 650 vĂ©hicules, entre 1987 et 1999 ; dont une centaine de voitures de course. Il aura Ă©tĂ© dĂ©clinĂ© en tout une vingtaine de modĂšles diffĂ©rents. Il faut encore savoir, que tous ces modĂšles ont Ă©tĂ© intĂ©gralement assemblĂ©s Ă  la main, par des spĂ©cialistes, (les robots n’existaient pas dans l’usine). L’intĂ©rĂȘt de chaque modĂšles rĂ©sidait dans le fait, qu’il Ă©tait un exemplaire unique, construit sur commande, Ă  partir de matĂ©riaux nobles : alcantara, cuirs de diffĂ©rentes textures, mĂ©risier, loupe d’orme etc… AlliĂ© Ă  des qualitĂ©s dynamiques, que ce soit au niveau des chĂąssis, des performances pures, de la qualitĂ© de fabrication. Tout ceci concourt a en faire des vĂ©hicules nobles et attachants.
Vous aimez quand mĂȘme relevez des dĂ©fis ! S’associer Ă  une marque, comme Venturi, alors qu’elle menace de rendre son bilan…
Je me suis rapidement rendu compte que des difficultĂ©s, risquaient d’hypothĂ©quer l’avenir de Venturi. J’aurai pu, comme un certain nombre de confrĂšres concessionnaires, changer de cap et rallier d’autres constructeurs. Je comprends trĂšs bien ce calcul, dĂšs lors que des investissements importants, doivent absolument ĂȘtre rentabilisĂ©s, et je ne jetterai pas l’opprobre, sur mes confrĂšres et amis, qui ont suivi cette voie. Il faut simplement savoir, que je n’avais pas consenti, Ă  l’époque de tels investissements, je me sentais de fait plus libre dans mes choix. En outre, comme vous le disiez, j’aime la difficultĂ©s, et relever des dĂ©fis. J’ai donc dĂ©cidĂ© de continuĂ© Venturi coĂ»te que coĂ»te. Aujourd’hui, paradoxalement, mĂȘme si Venturi ne produit plus de vĂ©hicules depuis cinq ans ; nous continuons Ă  augmenter notre volume de clients ; entre, entretiens d’une part, mais aussi en vente pure, puisque nous regroupons de plus en plus de propriĂ©taires de Venturi.
Bon, on a bien compris, qu’en inconditionnel parfait, vous aviez rĂ©ponse Ă  tout… Mais lĂ  oĂč on vous attend, c’est sur la fiabilitĂ© et la valeur dans le temps d’un achat rĂ©alisĂ© Ă  cette Ă©poque. Qu’en reste t’il aujourd’hui ?
Je suis dĂ©solĂ© de vous froisser ! Mais avec le recul, force nous est de constater, que les Venturi correctement entretenues, vieillissent trĂšs bien, la fiabilitĂ© Ă©tant au rendez-vous. Cette voiture fabriquĂ©e artisanalement, assemblĂ©e Ă  la main, a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’assemblages exceptionnels, dans les soudures, dans l’habillage des cuirs etc… Les siĂšges sont des Recaro A8, les jantes magnĂ©sium OZ, des pneus Michelin adaptĂ©s, spĂ©cialisĂ©s pour ces autos. Nous pouvons aujourd’hui rassurer consciemment les propriĂ©taires : une Venturi perd aujourd’hui moins en valeur, qu’une Porsche, qui reste la rĂ©fĂ©rence dans ce domaine. Tout ceci bien sĂ»r, Ă  rapprocher du phĂ©nomĂšne de raretĂ©, dĂ» a la production rĂ©duite de Venturi. En conclusion, en face d’un tel vĂ©hicule, on devient passionnĂ© mĂȘme sans tenir compte des performances, et «cerise sur le gĂąteau» les performances elles-mĂȘmes sont exceptionnelles. Que dire de plus !
Comment fonctionnez-vous exactement ? Venturi ne peut reprĂ©senter tout de mĂȘme qu’une facette de vos activitĂ©s ?
Il est exact que Venturi ne reprĂ©sente qu’une partie de notre chiffres d’affaires. Il ne reste Ă  ma connaissance, en France et en Europe, que 280 Venturi en Ă©tat de fonctionnement. Notez bien pour l’anecdote, qu’il nous est arrivĂ©, d’avoir dans le garage et dans les abords, prĂšs de 28 Venturi, soit prĂšs de 10% du total existant… Notre activitĂ© premiĂšre concerne, les GT : Venturi, Porsche, Ferrari, Lotus… en gros toutes les piĂšces rares et originales ; d’ailleurs, en exclusivitĂ©, je peux vous dire que nous allons avoir Ă  entretenir, une Panther Lima, c’est une rĂ©elle marque de reconnaissance, quand on sait qu’il n’en existe que quatre en France. Notre seconde activitĂ© concerne les voitures anciennes, avec une prĂ©dilection marquĂ© dans l’ordre, pour les italiennes, les anglaises, les françaises, telles que Facel Vega, Matra, Alpine etc… Nous travaillons beaucoup Ă©galement sur des Jaguar, en premier lieu parce que se sont des voitures qui sont devenus fiables, quoiqu’on en dise. Cela reprĂ©sente Ă©galement une sorte d’apogĂ©e dans le luxe et le confort, pour un vĂ©hicule de routes et de transport. Une Jaguar de trois Ă  cinq ans, donc Ă  peine dans la fleur de l’ñge, coĂ»te moins cher, qu’un monospace neuf, qui va dĂ©coter de moitiĂ© en trois ans.
Tout de mĂȘme, on a bien du vous le dire, ces activitĂ©s bizarres, ça fait un peu «sorcellerie», non ; au vu du monde automobile d’aujourd’hui si sage, si aseptisĂ© ?
Pour dire les choses comme elles sont : c’est rageant de penser qu’en France, qui se veut le berceau de l’automobile, dont la richesse du patrimoine d’avant-guerre, n’avait pas d’égal, avec les Talbot, Bugatti, Delage, etc… On ne s’avĂšre capable de nos jours, que de fabriquer et de vendre «de la petite auto diesel», quelle dĂ©gringolade, tout ce patrimoine a Ă©tĂ© gaspillĂ©, dilapidĂ©, perdu Ă  jamais… Alors, quand une petit Ă©quipe de 53 personnes, 53 aventuriers devrait-je dire, s’avĂšre capable de construire la Venturi 400 GT, qui Ă  l’époque, en 1995, faisait mieux qu’une Lamborghini Diablo, sur le plan des performances pures, se dĂ©marquait facilement d’un haut de gamme de chez Porsche ; rivalisait avec la mythique Ferrari F40. Vous comprendrez ce qui m’attache Ă  une telle aventure hors du commun. Imaginez encore que lors d’une rĂ©union d’amis, vous glissez subrepticement, que vous vous ĂȘtes rendu propriĂ©taires d’une Venturi. On vous regarde avec des yeux ronds. Venturi, qu’est-ce que c’est, une obscure marque italienne? Attention aux sous-entendus…
Non, si vous voulez montrer ostensiblement que vous avez mieux rĂ©ussi que vos amis, roulez en Ferrari ou en Porsche car c’est un moins cher et bien plus fiable. Les autres marques comme Lamborghini, TVR, Lotus… s’adressent davantage Ă  de rĂ©els passionnĂ©s. Les propriĂ©taires de Venturi font partie de cette catĂ©gorie de personnes qui ont mĂ»ri leur choix. Lorsque je convainc un futur acquĂ©reur, je suis quasiment sĂ»r de m’en faire un ami et c’est ce qui me motive. Bien entendu, quand une telle passion vous habite, cela vous oblige Ă  faire des choix. FinanciĂšrement, je n’en vis pas trĂšs bien et je ne suis pas propriĂ©taire de mon garage. En contrepartie, je suis reconnu pour mes compĂ©tences par GĂ©rard Godfroy, un des crĂ©ateur de Venturi et nous commençons Ă  ĂȘtre reconnus comme de vrais spĂ©cialistes de la marque. Ça, c’est une vraie rĂ©compense.
Et si c’était Ă  refaire ?
J’aime piloter et j’aurais aimĂ© le faire davantage. Et puis, la passion rendant sourd et aveugle, j’ai ratĂ© un certain nombre d’évĂ©nements qui auraient du m’intĂ©resser. Mais aprĂšs tout, ce travail, il fallait le faire. Et je l’ai fait.